Villare Villerium Villers en Arthies

Du XVII e siècle au XVIII e siècle


- SOMMAIRE -




Au XVIIe siècle :


Les guerres p.2

La vie quotidienne p.2

Le prieuré p.3

La paroisse p.4

La famille LE TIRANT p.5

Les impôts – La gabelle p.6


Au XVIIIe siècle :


L’administration p.9

La vie quotidienne p.9

Les derniers LE TIRANT p.14

La vente du château et l’affaire CAHOUET p.15

Pierre Victor ROGER de Gadancourt p.16

Le prieuré de St Léger p.17

La paroisse p.17

La population p.18

Une épidémie : l’héméralopie p.18

Rôle de la « taille » (1716-1788) p.19

La Révolution de 1789 p.20


Références et notes p.22















Villare Villerium Villers en Arthies

Du XVII e siècle au XVIII e siècle


- VILLERS en ARTHIES au XVIIe SIECLE -


La première partie de cette monographie a situé Villers en Arthies dans le Vexin français et, plus particulièrement, dans la Forêt d’Arthies. Nous avons insisté sur les pôles d’attraction du village : le château et les châtelains, la paroisse et les curés, plus modestement, le prieuré et ses moines. Quant à la vie des villageois, nous avons pu présenter ce qu’elle était à l’aide de documents sur les villages voisins ou sur le Vexin.

Cette seconde partie reprendra ces quatre chapitres. La vis quotidienne concernera bien Villers en Arthies, les documents étant plus nombreux. Nous consacrerons un chapitre sur les impôts au XVIIe siècle, en insistant sur la gabelle. Nous étudierons aussi l’évolution d’une autre imposition : celle de la « taille » à Villers de 1716 è 1788.


I – LES GUERRES – LES SOULEVEMENTS -


De nombreuses guerres et de multiples soulèvements agitèrent ce XVIIe siècle, dit « siècle de LOUIS XIV », période qui vit rayonner la culture française en Europe, mais qui se termina en laissant le peuple dans un état de grande misère.

Dès 1636, sous le règne de LOUIS XIII, pendant la guerre de Trente Ans (1618-1648), les « Dames de Villers » aident au départ précipité des religieuses de Villarceaux vers Mantes. Les Espagnols avaient envahi et pillé la Picardie : c’était aussi l’année de Corbie. Les religieuses relatent ainsi l’affaire : « Mesdames de Villers nous envoyèrent leur carrosse pour nous transporter avant que déloger elles-mêmes, et nous ramenèrent aussi ». La prieure, Marie PAVIOT de BOISSY, précisait : «  Nous partîmes le 7e d’août et revînmes à l’aide de la vierge le 7e de septembre ». (1)

Cette guerre commencée à l’étranger, se poursuit en France (1635-1648). Le Vexin subit de graves famines compliquées d’épidémies. La peste apparaît en 1633, puis en 1638. Le 18 septembre 1639, à l’occasion du mariage de Charles MOUSSARD et de Claude HONYAU, on apprend qu’un sieur BINARD, soldat de la compagnie du sieur de Boucagny, est décédé au siège de Corbie en 1636 (D’après le registre de catholicité).

C’est ensuite la FRONDE (1648-1652) : fronde parlementaire d’abord (1648-1649), puis fronde des princes (1650-1652). Pendant cette période, Allemands, Suédois, Polonais ravagèrent la Picardie et le Vexin. C’est l’époque de St Vincent de Paul. Isolé, dans les bois, le Pays d’Arthies semble avoir relativement moins souffert que la région des plaines.

Des soulèvements populaires, dus au manque de nourriture, aux impôts trop lourds, éclatent et auront, pour certains, des répercussions sur le Vexin. C’est la « Révolte des croquants » entre Loire et Garonne (1636), celle des « Va nu-pieds» en Normandie (1640), des soulèvements dans l’ouest (1643), des troubles dans le nord (1661). D’ailleurs, sous Colbert (1662), une nouvelle famine éclate et on incrimine encore l’excès des impôts.


II – LA VIE QUOTIDIENNE -


C’est dans l’étude démographique de Françoise Waro (2) que nous avons trouvé l’essentiel des renseignements.

La mortalité :

Entre 1675 et 1676, « Villers en Arthies semble être la plus grosse paroisse », mais « 1675 et 1676 sont deux années de forte mortalité et de faible nuptialité ». En effet, trois années de récoltes (1674, 1675 et 1676) sont défavorables. A Villers, de janvier à juin 1675, 29 décès se produisent sur 38 dans l’année.

A la même époque, le prix du blé oscille autour de 15 livres à Chaumont en Vexin. On ne note aucun mariage au cours de ces 6 mois.

Sur les registres paroissiaux de Villers, apparaît dès novembre 1675, le terme de « malade ». A partir de la St Martin (11 novembre), le prix du froment diminue (10 livres à la St Jean 1676). Pourtant, une seconde poussée de décès est enregistrée en 1676.

Il y adonc une crise de subsistances suivie d’une épidémie. « En deux ans, 34 adultes et 38 enfants sont morts, soit plus d’un dixième de la population ». Parmi les enfants, on trouve un grand nombre de nouveaux-nés, souvent placés en nourrice.

En 1683 et, surtout en 1684, on signale à Villers, à Aincourt et à Drocourt, une très forte mortalité. « A Villers, une première série de décès a lieu d’avril à juillet. Elle touche les adultes. En septembre, une seconde décime les enfants. Il semble qu’on soit mort d’abord de faim et de froid, puis de maladie ».

Nouvelle hausse des décès en 1689, puis en 1691 (13 décès d’enfants pour la plupart de juin à septembre) et, à nouveau, en 1692. C’est alors l’hécatombe : « 96 décès à Villers pour la seule année 1694 ». Elle intervient « après la mauvaise récolte de 1693. La courbe des décès suit le tracé du prix du froment à Magny…Aucun doute, on est mort de faim, mais la maladie s’en est mêlée…Tout le monde a été touché, mais surtout les enfants et les personnes âgées. De même, toutes les classes sociales ont été atteintes ».

La faim, le froid et la sécheresse (3), les maladies, les épidémies expliquent, en partie, ces pointes de mortalité. Le docteur Dubar ajoute : « Quant aux maladies, il semble difficile d’en préciser les caractères, d’autant que la sous-alimentation réalise une pathologie particulière ».


Les cultures :

Il est certain qu’on cultivait les céréales (blé, orge avoine, seigle …), les arbres fruitiers (bigarreautiers cités dans les comptes de Jean BOTTE de 1701 et 1702 – pommiers dont la pomme du « Paradis », cités dans les comptes de 1708. Jean BOTTE tenait les comptes du seigneur de Villers avec procuration en date du 19 mai 1701, passée devant CONBAU., Tabellion à Vétheuil), des plantes potagères (haricots, petits pois…) et la vigne.

A Villers, on trouvait de nombreux vignerons, des tonneliers, des marchands tonneliers… La vigne poussait sur les coteaux bien exposés. Les arbres fruitiers occupaient un espace important, surtout les cerisiers qui fournissaient une espèce de cerise « aigrelette fort prisée en pâtisserie ».

Ces cultures étaient tributaire du temps (pluie, gel, sécheresse, inondations), mais aussi des guerres, des méthodes de culture.


III – LE PRIEURE –


C’est d’après l’abbé Guibourgé et son bulletin paroissial (nous le noterons B.P. n° et la date) que nous relaterons la vie du prieuré de St Léger.

Ce prieuré n’est pas habité en permanence par les religieux. Au XVIIe siècle, la ferme et la chapelle sont même dans un « état lamentable ». Aussi, en 1658, dom Bernard AUDEBERT, prieur, en accord avec l’abbaye de St Germain des Prés, baille à ferme pour 9 ans à Jean DOUTE, laboureur à Villers, les droits appartenant au prieuré. Le bail contenait quelques conditions pour le preneur. Il devait : « …faire sa résidence es-dits lieux baillés, payer les dîmes….fournir 500 livres tournois par an, …. Faire célébrer, chaque dimanche, une messe basse en la chapelle, dire et chanter la veille de St Léger une haute messe à diacre et sous-diacre … accompagnés de choristes et autres gens … au nombre de six, … fournir aux dépenses de luminaires … planter, à l’entour des bâtiments, une centaine d’ormeaux qu’il laissera croître … de telle façon qu’ils puissent servir à rompre la force du vent sans nuire aux couvertures ». Jugez du peu !

Une ou deux fois l’an, deux religieux venaient inspecter le prieuré pendant une huitaine de jours avec « leurs domestiques et leurs chevaux ».

(D’après le B.P. n° 33 de septembre 1926)

Dom Toussaint et C. Duplessis, dans leur « description géographique et historique de la Haute Normandie (tome 2 – Le Vexin – 1970), affirment, suivant les Pouillés (*) de l’abbaye de St Germain des Prés à Paris, que « les moines présentaient un candidat à la cure de Villers en Arthies ». Ils citent aussi un aveu du 27 avril 1684 qui précise que le prieuré de St Léger fait aujourd’hui partie de la mense (**) conventuelle de l’abbaye de St Germain des Prés.

(*) Un pouillé est un registre des biens et des bénéfices ecclésiastiques.

(**) Une mense est un revenu ecclésiastique. 


IV – LA PAROISSE -


Nous possédons peu de renseignements pour ce siècle à part des notes tirées d’articles ou des registres paroissiaux.

Divers dons sont faits par Claude et Simon FOUCAULD à la « Fabrique » par bail du … 1611, devant LE PLUME, notaire à Magny, et par contrat passé devant Pierre DELAMARE, tabellion à La Roche-Guyon, le 13 mars 1616 » à charge de dire le 7 septembre de chaque année deux messes, une haute et une basse avec salve et libera ».

Le 23 janvier 1639, on note le baptême de Jean OZANNE. Ce serait sans importance si un certain Christophe OZANNE, guérisseur à Chaudray ne défrayait la chronique à la fin du XVIIe siècle. Ce devait être une grande famille. Les registres paroissiaux contiennent 58 baptêmes, 14 mariages et 7 inhumations au nom d’OZANNE entre 1618 et 1671. Nous présenterons ce guérisseur en annexe.

Par testament du 16 mai 1649, Françoise Binay donne un quartier de terre « assis au terroir de Villeneuve, au lieudit Les Aulnoys » en contre partie de 2 messes pour elle et pour Jean SAVARY, son mari.

Messire François SARRAZIN donne, par testament du 2 mai 1655, 14 perches de vigne sur les terres de « Chaudrez ».

(D’après le B.P. n° 33 de … 1926)

Le …. 1670, on inhume messire François SAMSON, curé de Villers, âgé de 78 ans. Le célébrant est le curé doyen de Magny. A. RAGUET lui succède à la cure.

((D’après les registres paroissiaux)

Nous avons trouvé aux archives départementales du Val d’Oise des testaments. Nous en transcrivons un extrait de celui du 26 mars 1634. Il s’agit de celui de Françoise HERSAN, femme d’Arthur DEFRESNE.


Testament du 26 mars 1634 – (A.D. du V.O. – 3 E 181/1)

In nomine domini amen.

Je Françoise HERSAN femme d’Arthur DEFRESNE gisant en son lit malade saine toutefois de ma pensée et de mon entendement reconnaissant qu’il n’y rien plus certain que la mort ni rien moins incertain que l’heure d’icelle je recommande mon âme à Dieu à la glorieuse vierge Marie à Monsieur St Michel archange et à Monsieur St Martin mon patron et toute la cour céleste du paradis. Je …. Qu’après mon décès mon corps soit inhumé et enterré dans le cimetière de l’église de Villers proche et en la place où est enterré mon père et qu’à mon intention il soit dit et célébré trois services aux vigiles et … et à chaque service deux messes hautes et six autres basses qui seront dites depuis le jour de mon trépas jusque au jour du huytain du second service avec aussi quatre points de cierge à chaque service. Item je donne à l’église dudit Villers pour tiers ma prière au bassin de la …. Et au bassin des trépassés à chacun 5 sols ; item aussi je donne aux autres églises savoir à Notre Dame de Vétheuil à Notre Dame de la Désirée et à Aincourt à chacune église 2 sols 6deniers outre plus je donne à ladite église de Villers la moitié de 40 perches de terre assise au terroir de Villeneuve lieudit « Le Champ Dolent » d’un côté les héritiers de feu … ; FALAISE, d’autre côté l’autre moitié, d’un bout le chemin de Meulan et d’autre bout Martin HERSAN « acquite » ensemble avec mon mari, à la charge par ladite église de faire dire et célébrer par chaque an une messe haute de requiem à mon intention et de tous mes amis trépassés……………………………….

(Suivent des dons en espèces à diverses personnes)

………et pour mon exécuteur je retiens mon mari et mon frère Martin HERSAN lesquels je priez exécuter ce présent testament, non le diminuer mais plutôt l’augmenter si faire se peut … et ai déclaré être ma dernière volonté lequel testament a été lu et relu en la présence des témoins ci-après déclarés fait et passé ledit testament par devant moi curé dudit Villers en la présence de messire Martin FOUCAULT prêtre ….. audit Villers et ….. Gilles LADENTE témoins le26e jour de mars 1634.

(*) Françoise HERSAN ne savait pas signer.

Arthur DEFRESNE avait fait un testament le 23 mars 1632. Il l’avait d’ailleurs signé et avait fait des dons aux églises N.D. de Vétheuil, N.D. de St Martin, St Denis de Chérence et St Martin de Villers.

On essayait d’assurer « le repos de son âme » et on espérait le « pardon de ses fautes ».


V – LA FAMILLE LE TIRANT -


Cette famille posséda Villers durant 400 ans (1 377-1763). Du moins, c’est ce qu’écrivent les divers auteurs. Depuis peu de temps, madame ROGER de VILLERS Sylvie a découvert d’anciennes archives allant du XIVe au XVIIIe siècle dans de vieux sacs de pommes de terre. Nous pouvons maintenant remonter jusqu’à un Jean LE TIRANT qui est cité dans un aveu et dénombrement de 164. (Affaire LE TIRANT contre le sieur de POTONNILLE), pour un contrat passé en 1320.

Nous ne citerons que quelques noms. Nous verrons plus loin la possibilité d’établir une généalogie sommaire des LE TIRANT.


Achille LE TIRANT, seigneur de Villers, Vienne, Villeneuve, Chaudry, Le Breuil, épouse Anne de HAZEVILLE qui était veuve en 1624. C’est le second mariage avec une famille protestante. (4)

Le 30 novembre 1630, c’est le mariage de Daniel LE TIRANT avec Simone d’HENAULT. (D’après le registre paroissial)

Le 23 mars 1689, Louis COURTIN de VILLERS est reçu Chevalier de Malte. (5)

Jean LE TIRANT, qualifié « tantôt d’écuyer, tantôt de chevalier », seigneur de Villers, qui a épousé Louise DESME de La CHESNAYE, décède en son château le 18 mai 1689. (6)

On suppose, déclare monsieur Dubar, que c’est lui ou son successeur qui étendit ou construisit le château de style Louis XIII (1610-1643).

Fin 1691, naît Louis LE TIRANT, fils aîné de Jean LE TIRANT (Le jeune, fils de Jean décédé en 1689). Il est baptisé le 27 mai 1795 à l’âge de treize ans et demi. Capitaine au Régiment du Roi Infanterie, Chevalier de St Louis, marquis de Villers, il épousera Marie-Anne JOUENNE DESGRIGNY. (6)

Anne LE TIRANT, fille de Jean défunt (l’aîné), est inhumée le 21 juillet 1694. (Registre paroissial)


Quand un vassal, le seigneur de Villers en Arthies,

Rend hommage à son suzerain, le seigneur de La Roche-Guyon (1690)


« Après le décès d’un seigneur vassal, son héritier déclarait au seigneur suzerain, dans un acte appelé aveu ou dénombrement, tous les droits de propriété, usages, impôts, perceptions, qu’il possédait sur son fief, dans une cérémonie particulière, accompagnée de rites particuliers et solennels, il rendait foi et hommage pour ce fief entre les mains dudit suzerain

Si l’on en juge par le procès verbal de l’an 1690, cette cérémonie, jadis imposante, avait beaucoup perdu de son éclat.

Le seigneur de Villers (*) était représenté par un mandataire. Ce mandataire, après avoir frappé à la porte du château, a demandé si monseigneur y était. Le sieur LESTRADE, lieutenant et intendant du duc (**), ayant répondu que non, le mandataire du seigneur de Villers se trouvant devant la porte dudit château en estat de vassal, tête nue, sans épée ni éperons, a mis un genou en terre, baisé le cliquet de la porte en signe d’humilité ; il a ensuite offert la somme de 600 livres pour les droits de relief et de rachat et rendu foi et hommage entre les mains dudit LESTRADE.

Jadis, ces prestations de foi et hommage entraînaient de lourdes obligations personnelles et donnaient parfois lieu à de formidables guerres entre suzerains et vassaux ; la reconnaissance de ce droit était faite par le vassal lui-même ou l’un de ses plus hauts dignitaires et entouré d’un cérémonial imposant »

Commentaires de l’auteur :

« Or, en 1690, LESTRADE était lieutenant, intendant (ou capitaine du château) et chirurgien du duc ; cet étrange cumul ne constitue pas tout à fait un haut dignitaire.

Quant aux droits de relief et de rachat, c’est à peu près comme si on offrait aujourd’hui le montant des droits de mutation.

Cette vaine image de cérémonial féodal n’était plus, en définitive, que la reconnaissance et l’acquit d’un droit fiscal au profit du seigneur suzerain. ».

(*) Le seigneur de Villers était Jean, fils de Jean LE TIRANT, décédé le 18 mai 1689.

(Archives du château et registre paroissial)

(**) FRANCOIS VIII de La ROCHEFOUCAULD était seigneur de La Roche-Guyon.



(D’après E. Rousse – La Roche-Guyon : châtelains, château et bourg – Hachette – 1892)


VI - LES IMPÔTS – LA GABELLE -


C’est surtout monsieur Feuilloley M. (7) qui nous a permis de trouver une partie des renseignements qui suivent.

A toutes les époques, les impôts ont toujours été mal accueillis. On ne tenait pas à payer à tort comme l’indique la déclaration de 1681 de Nicolas BAILLY qui quitte Villers et fait « savoir aux habitants de Villers qu’ils n’eussent plus à l’imposer sur le rôle de la taille et qu’il s’en va demeurer à Vienne, paroisse de Vétheuil, pour être sur le rôle dudit Vienne et Chaudry. Fait et publié le deuxième jour d’août mil six cent quatre vingt un. (Deux mots illisibles)… En foi de quoi, j’ai signé – vicaire F. SARRAZIN ».

Cette déclaration paraît à la fin du registre paroissial de 1681. On y trouve les déclarations d’autres « contribuables » : celles de Jean HERSAN, de Claude VALOT et de François FOUBERT.

Monsieur Feuilloley écrit : « La taille est un impôt exceptionnel levé par le seigneur suivant ses besoins ». Nos financiers modernes n’ont donc rien inventé.

Roland Vasseur et Françoise Waro (8) précisent : « C’est une imposition d’abord perçue par les seigneurs sur leurs serfs et censitaires (parfois pour le compte du roi), qui devint uniquement royale. D’abord à caractère militaire, elle épargnait la Noblesse et le Clergé. C’était l’une des principales ressources de l’Etat ».

Nous étudierons plus loin les rôles de la taille de Villers au XVIIIe siècle.


Nous ne cirerons pas tous les impôts, toutes les redevances et les corvées de cette époque, mais nous voulons présenter un impôt exécré de tous : la gabelle.


Monsieur Feuilloley déclare qu’il existait des greniers à sel à Pontoise, Gisors et La Roche-Guyon. Villers dépendait de ce dernier ou de Gisors selon les époques. Le grenier à sel été établi à La Roche-Guyon par lettres patentes du 26 décembre 1504 par LOUIS XII (9)


La gabelle était un impôt indirect payé sur l’achat du sel. Il existait les «Pays de Petite Gabelle » (Le prix était imposé) et les « Pays de Grande Gabelle » (Le prix et la quantité étaient imposés). Certaines villes ou région étaient exemptées.

C’est sous HENRI II (1529-1559) que certaines provinces avaient racheté et payé leur exemption. Pourtant, elles devaient néanmoins verser 1/6 de cens fixé sur le taux de La Grande Gabelle. Quant aux « Pays de salines », ils ne payaient que sur le sel récolté dans les marais.


Ce sont des « fermiers de la Gabelle » qui géraient ces greniers. Ils s’enrichissaient en faisant payer, jusqu’à 30 fois l’imposition, aux assujettis.

En 1650, ils obtinrent du roi la « recherche de faux sel ». Ils levèrent des compagnies de cavalerie pour perquisitionner dans toutes les maisons, même dans celles de la Noblesse, avec « pouvoir d’attaquer et prendre lesdites maisons de la Noblesse, par escalade, par pétards et même y mener du canon ». Il y eut de grandes violences.


Il est vrai que le sel circulait en contrebande. Les fraudeurs appelés « faux saulniers », circulaient de nuit. S’ils étaient pris, ils étaient condamnés aux galères. Monsieur Feuilloley cite Enfer et Haute Souris comme lieux de contrebande.

Si les faux saulniers vendaient mieux leur sel, c’est qu’il était de meilleure qualité et moins cher. Les fermiers généraux vendaient souvent du sel souillé par la terre, impropre à la conservation des viandes.


C’est PHILIPPE le Bel (1268-1314) qui préleva le premier, en 1286, un droit sur le sel. C’était un impôt provisoire (Déjà !) pour pallier à des finances royales déficitaires. La Gabelle ne sera abolie qu’en 1790.


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Villare Villerium Villers en Arthies

Du XVII e siècle au XVIII e siècle


- VILLERS en ARTHIES au XVIIIe SIECLE -


I – L’ADMINISTRATION -


Avant la Révolution de 1789, elle est très complexe. Il y a une double dépendance : l’une religieuse, l’autre civile. En outre, elles s’ignorent, comme trop souvent de nos jours, et les juridictions se chevauchent.

Villers en Arthies dépendait pour le pouvoir religieux :

Du diocèse de Rouen.

De l’archidiaconé du Vexin.

Du doyenné de Magny en Vexin.


Et pour le pouvoir civil :

Du Parlement de Paris.

Du baillage de Magny en Vexin.

Du Grenier à sel de La Roche-Guyon.

De la coutume de Normandie et de Senlis.

De la Généralité de Rouen.

De l’Election de Chaumont en Vexin et de Magny en Vexin.


La Révolution de 1789 bouleversa tous ces pouvoirs très contraignants et très pesants. Villers sera alors dépendant pour le pouvoir civil :

Du district de Mantes. 

Du canton de Magny en Vexin.

Du département de Seine et Oise (15 février 1790).


Et pour le religieux :

Du diocèse de Versailles.


II - LA VIE QUOTIDIENNE -


Les registres paroissiaux, puis ceux de l’Etat civil et l’étude démographique de Françoise Waro (10) vont fournir la plus grande partie des renseignements.


Le climat :

Il est curieux de constater que des conditions climatiques exceptionnelles marquèrent ce début du XVIIIe siècle. C’est le cas en 1709. Le curé de l’époque a porté une note sur le registre paroissial : « Cette présente année 1709, l’hiver a commencé le 6 de janvier et a duré trois mois. Le froid a été si grand que tous les bleds ont esté gelés et qu’il a fallu semer de l’orge, qu’elle a valu jusqu’à soixante et douze livres le septie (setier), cependant il en est venu en si grande abondance que les bonnes terres en ont rapporté jusqu’à dix-sept septiers l’arpent. Néanmoins elle cest toujours vendue dix escus à vingt cinq livres le sep (setier). Cette année a été bien fâcheuse tant pour le pain que pour le vin toutes les vignes et les arbois ont été aussi gelées, ce qui a fait la cherté si grande que le bled se vend toute l’année vingt escus le septier, l’orge vingt cinq livres à dix escus le septier, le vin viel cinquante escus le


Carte dite de CASSINI (XVIIIe siècle)





muit (muid), le nouveau cent dix livres. Tout cela a duré jusqu’à ce jourd’hui et je ne sais quand cela finira avec une guerre cruelle qui dure depuis vingt deux ans. On peut dire que la France n’a jamais té aussi affligée ».


Le setier de Paris valait 8 pintes pour les liquides.

Le setier de Paris valait 156 litres pour les grains.

La pinte de Paris valait 93 centilitres.

1 arpent valait 50 à 51 ares.

1 écu valait 3 à 6 livres.

1 muid de Paris valait 18 hectolitres.

Les guerres :

La Ligue d’Augsbourg (1688-1697).

La succession d’Espagne (1701-1714).

La fin du règne de LOUIS XIV :

1713 : traité d’Utrecht.

1715 : mort de LOUIS XIV.


Cette note du prêtre était datée : «  Fait ce quatre juin 1710 ». Elle se trouvait à la suite des actes de 1709.


La mortalité :

On meurt beaucoup au XVIIIe siècle. Françoise Waro (11) note pour 1712 une nouvelle recrudescence de la mortalité : « 26 morts dont 15 ont lieu en septembre, concernant les adultes cette fois. C’est l’hypothèse de l’épidémie qui est retenue. En 1737, nouvelle montée de la courbe des décès. En 1738, 14 enfants meurent entre le 10 janvier et le 23 mars. Il s’agit probablement là de l’épidémie observée à Meulan et dans la vallée de la Seine, par monsieur Lachiver », conclue madame Waro. Mais c’est « en 1744 qu’on meurt le plus à Villers : le prix du froment étant resté bas pendant cette période, on pense encore à une épidémie ».


Les guerres :

Deux inhumations sont mentionnées dans le registre de catholicité.

« Ce 21 décembre 1712, fut inhumé un soldat au service de …, trouvé mort dans la région de Villers, en l’absence du curé, par les Confrères de la Charité ».

« Le 21 octobre 1714, fut inhumé un soldat présenté par le sieur LAFON, sergent de la Compagnie de la … ».

Le curé était messire Claude POITOU. Il semblait donc assisté par une confrérie de la Charité. Ces « charitons » intervenaient pour les nécessiteux. Nous n’avons pas trouvé les noms de ces soldats.


Les métiers :

Nous les avons relevés en parcourant les registres paroissiaux. Nous avons ainsi trouvé des charrons, des maréchaux-ferrants, des cordonniers, des laboureurs, des « chartiers », des maçons, des tailleurs…Il existait aussi d’autres professions : tailleur de pierre, casseur de pavés, scieur de long, couvreur en chaume, paveur en « grais », un échalasseur, un tisserand, un domestique chez le procureur du roi à Magny, un garde moulin (peut-être à Vienne en Arthies), sans oublier tous les métiers relatifs à la culture de la vigne, à la fabrication du vin et au commerce. En 1788, Claude DELAHAYE est vigneron, Jean HAMET est tonnelier. En 1789, Come De La MOTTE, Pierre SEHEUT et Jean-Baptiste SEHEUT sont vignerons et Robert (Fénéon) De La TOUCHE est marchand tonnelier. En 1792, le 5 octobre, on trouve le mariage d’ABRAHAM François Gabriel, maître d’école. Son père était vigneron.

Quant aux femmes, elles aidaient leur mari et vaquaient aux nombreuses occupations familiales. Cependant, à Villers, une profession courante est celle de nourrice. Les registres paroissiaux, hélas, contiennent de nombreux décès de nourrissons. F. Waro nous apprend qu’entre 1668 et 1789, les jeunes enfants étaient placés en nourrice dans les familles de laboureurs et de journaliers. La majorité venait de Paris et de la banlieue ouest, en particulier de St Germain en Laye et de Meulan, mais certains étaient originaires des villages voisins (Vienne en Arthies, St CYR en Arthies, St Martin la Garenne, La Roche-Guyon). Toutes les classes de la société étaient représentées. Les maîtres et les marchands venaient en tête, en particulier les marchands de vin. L’hygiène laissait sûrement à désirer et la mortalité était grande. Entre 1668 et 1819, F. Waro a relevé 778 décès de nourrissons, soit 5 par an en moyenne.


Une déclaration d’impôts du curé (12) :

C’est une déclaration du curé de Villers, Guillaume GALLAHER, d’origine irlandaise. Elle est datée du 3 novembre 1790.

« Je soussigné Guillaume GALLAHER, déclare que le revenu net de mon bénéfice se monte à dix huit cents livres chaque année, déduction faite de toutes les charges qui ne sont que les impositions et réparations ordinaires… ». Il précise plus loin : « J’ajoute à ces deux déclarations (Il avait aussi le bénéfice simple de St Jean-Baptiste de Chaudry, paroisse de Vétheuil) les dîmes sur le défrichement des «  Bruyères de Villers, que je n’ai point perçues quoiqu’elles fussent exigibles tant par égard pour mes paroissiens qu’à cause de la cherté des vivres … ».


Le 2 mars 1791, la municipalité n’évalue le revenu de la cure qu’à 1 200 à 1 300 livres

Et confirme le chiffre de 1 800 livres après avoir vu les justificatifs. Elle ajoute que le curé avait prêté serment le 16 janvier 1791.

Le Directoire arrêtera le revenu à 1 800 livres dans un style aussi « simple » que celui de nos financiers modernes. En voici le texte : « Le revenu doit être reconnu de 1 800 livres. IL y lieu d’accorder le minimum de 1 200 livres et 300 livres pour la moitié de l’excédent, plus, enfin, 31 livres 6 sols 8 deniers pour le tiers de la chapelle de Chaudry, suivant l’article 34 du décret du 24 juillet 1790 sur le traitement du Clergé ».


Création de l’Etat civil :

1791 : Les registres de l’Etat civil remplacent les registres paroissiaux ou de catholicité que tenait le curé. Ce premier registre est paraphé par Charles CHEDDE, président du Tribunal du district de Mantes.


Rappelons que c’est en 1539, par son ordonnance de Villers-Cotterets (Aisne), que FRANCOIS 1er impose l’usage du français dans les documents administratifs, donc dans les registres paroissiaux pour les baptêmes (complétée par l’ordonnance de Blois, de mai 1579, qui l’étendait aux registres de mariages et de sépultures), en remplacement du latin. Les règles de notre langue seront affirmées par RICHELIEU qui crée l’Académie française (1635) et VAUGELAS qui publie « ses remarques sur la langue française » en 1647.


1793 : La première République a été proclamée le 22 septembre 1792. Le registre porte la mention : « An II de la République, Une et Indivisible ». L’administrateur du district de Mantes est Jean-Baptiste PELLERIN. Le cachet officiel indique : « La Loi, le Roy », mais l’indication « Le Roy » est barrée. Cela s’explique car LOUIS XVI a été guillotiné le 21 janvier 1793. Claude SEHEUT, Jean BERTHEAUME sont parmi les noms des officiers municipaux qui signent ces registres.

CALENDRIER REPUBLICAIN SIMPLIFIE


Jours

Mois républicains

Mois grégoriens

30

Vendémiaire

Septembre-octobre

30

Brumaire

Octobre-novembre

30

Frimaire

Novembre-décembre

30

Nivose

Décembre-janvier

30

Pluviose

Janvier-février

30

Ventose

Février-mars

30

Germinal

Mars-avril

30

Floréal

Avril-mai

30

Prairial

Mai-juin

30

Messidor

Juin-juillet

30

Thermidor

Juillet-août

30

Fructidor

Août-septembre


Il fallait ajouter 5 jours complémentaires pour obtenir les 365 jours de l’année.

Le mois républicain est divisé en 3 décades de 10 jours chacune.

L’An I de la République a commencé le 22 septembre 1792 et a fini le 21 septembre 1793.


Années républicaines

22 septembre

21 septembre suivant

An I

1792

1793

An II

1793

1794

An III

1794

1795

An IV

1795

1796

An V

1796

1797

An VI

1797

1798

An VII

1798

1799

An VIII

1799

1800

An IX

1800

1801

An X

1801

1802

An XI

1602

1803

An XII

1803

1804

An XIII

1804

1805

An XIV

1805

1806


1er Frimaire An V, on lit « …Actes de mariages et de divorces ». C’est la première mention du mot « divorce ». Le premier divorce aura lieu le 29 Pluviose An IX. Marie Reine BERTHEAUME, la demanderesse, se sépare de son mari, Martin TROGNON, cultivateur, pour « incompatibilité d’humeur et de caractère ». L’acte comporte deux pages et demie.

9 Germinal An VIII, le registre est paraphé par le sous-préfet de Mantes.


L’instruction – Le maître d’école :

« Ce 5 octobre 1792, a été célébré le mariage de François Gabriel ABRAHAM, maître d’école à Villers, avec Marie Anne PETIT ». Le registre paroissial nous indique que c’était le fils de Gabriel Romain ABRAHAM, vigneron, déjà cité précédemment.

Toujours dans son étude démographique, F. Waro écrit : « En 1710, il existait des maîtres d’école et des clercs laïcs. Il devait être assez fréquent que le clerc soit chargé de l’éducation des enfants ».

Monsieur Dubar raconte, qu’à Drocourt, en 1819, selon les Anciens, le maître d’école était menuisier. Il avait installé son établi au milieu de la classe. « Des travaux pratiques avant la lettre », ironise-t-il. 

Quel était le degré d’instruction à cette époque ? F. Waro note, « qu’entre 1768 et 1789, le nombre de conjoints ayant signé leur acte de mariage passe de 44% pour les hommes à 77,9%, de 7,7% pour les femmes à 30%. Le progrès est assez considérable. Pourtant, le Pays d’Arthies reste un pays arriéré », conclue F. Waro.


III - LES DERNIERS LE TIRANT -


On pouvait se demander si les LE TIRANT avaient embrasser le protestantisme au XVIe, les registres paroissiaux laissent supposer qu’ils seraient alors retournés au catholicisme au XVIIe siècle.

1705 : « Ce 27 mai, ont été…. les cérémonies baptismales par moy …. de Louis LE TIRANT, fils de Messire Jean LE TIRANT, chevalier, seigneur de Villers, capitaine de grenadiers au Régiment du Roi, chevalier de l’Ordre de St Louis, et Dame Magdeleine Du BOIS les père et mère … qui a eu pour parrain …  Claude POITOU …. Curé de Villers et pour marraine Catherine AUBIN de la paroisse de Vétheuil en présence de Thomas POULAIN …. Vilain dudit lieu et de Louis BINAY. …. ».

En 1718, Jacques Jean de FRANSURE de Villers est reçu Chevalier de Malte.

A l’occasion du mariage de François GALLOT avec Marie Madeleine DEMON ROY (sic), le 28 février 1718, on trouve parmi les signatures celle de Jean LE TIRANT de Villers.

R.D.V. (Un ROGER de VILLERS), dans son article du « Petit Mantais » de décembre 1933, cite : « Le seul et unique héritier de Louis fut Jean Achille René Romain, seigneur de Villers, capitaine au Régiment du Roi Infanterie, Chevalier de St Louis, baptisé le 23 octobre 1721 à Villers. Il épousa Elisabeth Thérèse d’ALENCON de BEAUFREMONT, d’une vieille famille lorraine ». Il poursuit : « En 1723, Jean LE TIRANT, marquis de Villers, est seigneur de Villers. Il avait épousé Magdeleine Du BOIS, fille de M. Du BOIS, marquis de Saint Quentin. Il était le fils de Jean, décédé le 15 mai 1689 à Villers.

Retournons aux registres paroissiaux.

« Du trois avril mil sept cent vingt trois, ont été célébrées les cérémonies baptismales de LE TIRANT ( sans prénom), fils de messire Louis, écuyer, seigneur de Villers, Vienne, capitaine au Régiment du Roi et de Marie Anne JOUENNE DESGRIGNY le père et la mère, qui a été ondoyé par messire Claude POITOU curé de Villers le trois dudit mois qui a eu pour parrain François Gédéon de GIFFARD, seigneur d’Hanneucourt et Gargenville et autres lieux et pour marraine damoiselle Julie LE TIRANT qui ont signé en présence de messire Jean-Baptiste PETIT, curé de Chérence et de messire Jean LE TIRANT, « Chevalier », seigneur de Villers et autres lieux, colonel au Régiment du Roy. Suivent les signatures dont celle de François Gédéon de GIFFARD, de PETIT, de Jean LE TIRANT de Villers.

1er juillet 1723 : Inhumation de Louis Gédéon LE TIRANT, âgé de 3 ans 7 mois.

7 septembre 1725 : Inhumation de mademoiselle Louise LE TIRANT, âgée de 71 ans.

27 janvier 1726 : Baptême d’Auguste LE TIRANT, fils de Louis et de Marie Anne DESGRIGNY, mais il décède le 9 août 1727.

5 février 1727 : On baptise son frère, François, qui a pour parrain François, duc de La ROCHEFOUCAULD, pair de France, prince de Marcillac, usufruitier du duché de La Roche-Guyon, marquis de Barbezieux, Grand-Maître de la Garde-Robe de sa majesté, et, pour marraine Anne LE TIRANT, veuve de CHASSEPOT de BEAUMONT, conseiller à la Grande Chambre du Parlement.

….. 1727 : Inhumation d’Anne LE TIRANT, veuve de CHASSEPOT de BEAUMONT.


IV - LA VENTE du CHATEAU (1763) – LES SUCCESSEURS des LE TIRANT –


La vente de 1763 :

Le 20 septembre 1763, représentés par Nicolas Philippe SANTERRE, notaire au baillage de Magny, leur procureur, Jean Achille René Romain LE TIRANT et Elisabeth Thérèse d’ALENCON de BEAUFREMONT vendirent, en l’étude de DELARUE, notaire à Paris, à Pierre Louis René CAHOUET, écuyer, premier commis des Bureaux de la Guerre, les terres, château et seigneurie de Villers en Arthies, situés dans le Vexin français, baillage de Chaumont, coutume de Senlis et, quant aux fiefs relevant de plein fief, foi et hommage, tant au duc de LA ROCHEFOUCAULD, à cause de la Tour de Try (Trie en château), que de M. Du TILLET, seigneur de Villarceaux et de l’Abbé de St Père en Vallée (Chartres) … ».

R.D.V., dans son article de 1933, conclue : « Les LE TIRANT disparaissent comme il arrive aux grandes familles ; ainsi se justifiait encore le vieux dicton :

Cent ans bannière

Cent ans civière ».


L’affaire CAHOUET :

Les nouveaux propriétaires, Pierre CAHOUET et sa femme, Victoire WALLART, menaient grand train. Cette dernière ne reculait devant aucun moyen pour se procurer de l’argent. C’est ce qui va nous conduire en 1777 à « l’affaire CAHOUET » à laquelle le nom de la reine Marie-Antoinette va être mêlé.


R.D.V. rapporte les termes de l’ambassadeur d’Autriche, MERCY-ARGEHTEAU, relatant l’affaire dans une lettre du 18 mars 1777 : « La femme d’un trésorier de la Maison du Roi, nommé CAHOUET de VILLERS a eu l’audace d’emprunter de l’argent sous le nom de la reine et de produire des lettres supposées de sa majesté … Cette femme a avoué qu’elle s’était servie du nom de la reine pour emprunter de l’argent à différents particuliers, qu’à cet effet, elle avait fabriqué et produit des lettres supposées de la reine, qu’elle s’était faussement vantée d’avoir de fréquentes audiences de sa majesté, quoique, en effet, elle n’ait jamais été dans le cas d’approcher de cette auguste princesse, qu’enfin elle s’était aussi munie d’un registre sur la couverture duquel étaient les rames de la reine et qu’elle montrait ce prétendu livre de comptes pour éblouir les dupes auxquelles ,elle s’adressait ».L’ambassadeur conclut ainsi : « La facilité qu’on trouve dans ce pays à faire croire aux apparences les plus absurdes, avait si bien servi ladite de VILLERS que, par ces stratagèmes, elle s’était procuré 100 000 écus du sieur BERANGER, trésorier du duc d’ORLEANS, et une somme de 100 000 livres d’un banquier nommé LAFOSSE ».

Que fallait-il décider ? L’honneur de la reine devait être sauvegardé. Allait-on faire un procès retentissant comme celui pour « l’affaire du collier » qui suivra vers 1786 et qui mit en cause, en autre, une des femmes de chambre de la reine? Les ministres répugnèrent à étaler au grand jour cette sordide affaire. On était en avril 1777.






Les autres ventes :

(D’après l’article du 3 janvier 1934 de R.D.V., paru dans le journal « Le Petit Mantais »)

On dit que CAHOUET remboursa les escroqueries de sa femme et qu’il s’empressa de vendre Villers le 20 février 1778, devant LEBRUN,notaire à Paris, à Jean Louis LOISEAU de BERENGER, chevalier, conseiller de S.A.R. Monseigneur le duc d’ORLEANS.


Le 12 septembre 1782, devant BRO ou BROCHANT, notaire à Paris, LOISEAU de BERENGER vendit Villers à Pierre Victor ROGER,chevalier, seigneur de Gadancourt, Arquainvilliers et « Gouzangrez », Maître ordinaire en la Chambre des comptes.


V - PIERRE VICTOR ROGER de GADANCOURT -

(D’après l’article de décembre 1933 de R.D.V., paru dans le journal « Le Petit Mantais »)


Pierre Victor ROGER, seigneur de Gadancourt, est né à Paris en 1735. Il est mort en 1806. Il devient comte de Villers en 1782. Il épouse en premières noces « demoiselle Thérèse-Félicité De VIN », certainement en 1757. Leur contrat de mariage est passé devant maîtres BROCHANT et MARECHAL, notaires à paris, en date du 5 février 1757. Les témoins à ce contrat sont Monseigneur le prince de CONDE, prince du sang, et Monseigneur le prince de CONTY, aussi prince du sang ». Cette union est heureuse mais brève. Madame de GADANCOURT meurt subitement à Plombières où elle prenait les eaux en 1763. Elle lui avait donné 3 enfants :

Alexandre François ROGER qui devint comte de Villers.

Athanase Victor ROGER, baron d’Arquainvilliers.

Pierre Frédéric ROGER, baron de Gadancourt ».

Pierre Victor épouse en secondes noces Agnès De MONSURE qui ne lui donne pas d’enfants.


Il va subir les événements de la Révolution de 1789. Il est convoqué en 1789 aux Etats généraux à Paris comme maître des comptes, au baillage de Magny comme seigneur de Villers et aux baillages de Chaumont et de Beauvais comme seigneur de Gadancourt et d’Arquainvilliers.

« Cette même année (1789 sans doute), il a des difficultés avec les habitants de Villers où il s’est retiré. Les villageois « exigent, à force ouverte et contre toutes les lois, le remboursement des droits et déclarations par eux payés lors du renouvellement du terrier et des frais faits contre quelques-uns pour les contraindre à passer déclaration ». Ils demandaient aussi le remboursement des fusils qui leur avaient été enlevés 10 ans auparavant par le gouvernement, même ceux qui étaient hors d’état de « représenter » leur quittance. ROGER de Gadancourt désintéressa tous les plaignants et pensait avoir la paix, mais une dénonciation anonyme l’accuse de conspiration avec HUE de MIROMESNIL et d’être parent d’émigrés. Il s’enfuit à St Germain en Laye où il est arrêté, puis condamné à mort. La chute de ROBESPIERRE, le 9 Thermidor An II (27 juillet 1794), lui sauve la vie.

« Un pastel, représentant ROGER de Gadancourt, dans un des salons du château, porte, collé derrière le cadre, un papier jauni avec l’inscription suivante : Pierre Victor ROGER de Gadancourt fut condamné à mort et était déjà sur l’échafaud quand un homme vint, à pointe de cheval, annoncer la mort de ROBESPIERRE ».

« Ce pastel existe toujours. Il a été restauré en 1990 mais le papier a disparu », déclare madame ROGER de VILLERS Sylvie.

Le fils aîné de Pierre Victor ROGER de Gadancourt, Alexandre FRANCOIS, est à l’origine de la famille actuelle des ROGER de VILLERS.


Pour conclure, nous empruntons à Alfred Potiquet (14) la description des armoiries des seigneurs de Villers.

Pour les LE TIRANT de 1320 à 1763 :

« D’azur à 5 cotices d’argent ».

Pour Pierre Victor ROGER de Gadancourt :

« De sable à croix d’argent chargée de 5 fermeaux de gueules ».

Pour les ROGER de VILLERS :

« D’azur à un rocher de 15 copeaux d’argent, soutenant un coq de même ».

(*) Sur le blason au-dessus de la grille en fer forgé du château de Villers, on ne compte que 6 collines soutenant un coq.


VI – LE PRIEURE -


Au XVIIIe siècle, le prieuré n’est pas en meilleur état qu’au siècle précédent. Suivant le dénombrement du 20 mai 1768, il « comprend une chapelle négligée depuis longtemps quant à la bâtisse, aux linges et aux ornements quoiqu’on dise une messe par semaine ; une ferme composée d’un corps de logis ; une grange ; plusieurs toits à porcs ; une étable à vaches ; un fournil ; un petit jardin et un ‘pâté’ de 9 arpents planté en bois de mauvaise venue, peu de chênes et d’ormes ; 4 arpents de terre labourable et la moitié des dîmes du territoire qui contient environ 800 arpents avec le village ».

A la fin de l’acte, on fait remarquer que la contrée était pauvre : « Il n’y a pas de terres fortes, le sol est spongieux et graveleux ».

(D’après le B.P. n° 34 d’octobre 1926)

Le 1er mai 1789, l’ensemble est loué, pour 1 000 livres par an, au sieur SARRAZIN, laboureur demeurant à Chaussy.

Une déclaration de 1790 mentionne la « dîme sur les Hautes Basses Ardennes », commune de Follainvile et une rente foncière sur les « acquis du Pont de Mantes », dus par « l’Hostel » de ville dudit lieu.

En 1791, le prieuré est vendu en deux lots :

- Le 8 février, 4 arpents au lieudit « Les Hautes comptées » à Villers, appartenant aux religieux de St Germain des Prés, sont vendus à René LE ROY, greffier de la municipalité de Mantes, pour Etienne PINEL de Vétheuil, pour la somme de 4 525 livres.

- Le 8 septembre, un corps de ferme, circonstances et dépendances, avec une chapelle, enclavée dans 11 arpents de « petites bruyères et de méchants bois » et 75 perches de jardin, sont adjugés à Jacques BAILLY, marchand de chevaux à Vétheuil.

« Ainsi finit le prieuré de St Léger », conclue l’abbé GUIBOURGE.

(D’après le B.P. n° 34 d’octobre 1926)


VII – LA PAROISSE -


« La paroisse de Villers était, selon F. Waro, la plus importante du Pays d’Arthies », ce qui explique qu’elle ait eu, non seulement un curé mais aussi un vicaire. Le prieuré de Saint Léger ayant été abandonné par les moines et confié à « un fermier », une requête fut adressée à l’archevêque de Rouen pour « la nomination d’un vicaire », attendu que la paroisse est composée de 8 hameaux contenant ensemble près de 400 communiants, et séparés les uns des autres par de très mauvais chemins. (15)

Le 15 septembre 1742, sur ordre de messire J.P. CELLIER, curé de Villers, Nicolas François ROCHARD, employé aux affaires du Roi, en présence de Martin BINAY, marguillier, dresse un inventaire des biens paroissiaux. « La paroisse possédait 120 livres de rente et 250 perches de terres, prés et vignes à charge de célébrer 107 messes hautes chaque année ». (D’après le B.P. n° 36 de décembre 1926)

« L’an mil sept cent soixante quatorze, le corps d’une mendiante qui a resté (sic) malade environ six semaines chez M. BEUDON, laboureur de cette paroisse ; pendant sa maladie elle a été interrogée par plusieurs fois tant par nous que par ledit sieur BEUDON pour savoir d’elle son nom et d’où elle était tant ce que nous avons pu savoir d’elle, était qu’elle était veuve du diocèse de Sens, qu’elle avait une fille dont elle était très mécontente et que la façon avec laquelle sa fille a agi vis-à-vis d’elle l’obligea de quitter son pays natal pour chercher son pays dans des pays où on ne la connaissait pas ; mais nous n’avons pas pu savoir d’elle ni son nom, ni le nom de sa paroisse d’où elle était, nous avons attribué cela à l’imbécillité qui nous a paru en elle ou naturelle ou coupé ( ?) par son âge très avancé, décédée d’hier qui nous a paru âgée d’environ quatre-vingt ans, munie du sacrement d’extrême onction, a été inhumée dans le cimetière de cette paroisse par nous curé soussigné en présence des sieurs BEUDON, Martin TROGNON, Louis Antoine BERTHEAUME et Gédéon BENE qui ont signé avec nous.

Signé : GALLAHER, curé de Villers ».

(Copie littérale de l’acte transcrit sur le registre paroissial)

Le 2 novembre 1789 ; les « biens de l’Eglise deviennent biens nationaux ». Il est certain que les biens de l’église de Villers subiront le même sort, mais à quelle date ? La paroisse forme un conseil de Fabrique, conseil  paroissial, qui tient un registre des délibérations. Il est composé de marguilliers. Le premier marguillier est trésorier et est élu pour un an par le curé, les anciens marguilliers et les notables.

Les registres du conseil de Fabrique remontent jusqu’en 1800. Ils nous renseignent sur la vie de la paroisse et des paroissiens, des prêtres et sur les coutumes locales. C’est ainsi que nous apprenons que, « chaque année, on procède à la vente, au plus offrant, de l’herbe et des fruits récoltés dans le cimetière, ceci après annonce à la criée, faites les dimanches précédents ».


VIII – EVOLUTION de la POPULATION -


Jusqu’en 1790, il est difficile de connaître avec exactitude le chiffre de la population. On comptait par « feux », c'est-à-dire suivant les foyers imposés. Or, il y avait des feux exemptés. L’impôt de la gabelle donne des chiffres plus précis. A la fin du règne de LOUIS XIV (1643-1715), la population de la France avait fortement diminué. Après 1790, les renseignements sont plus justes : on effectue des recensements des habitants.


1725

343

Gabellans

1726

367

Gabellans

1772

391

Habitants

1790

480

Habitants

An IV (1795-1796

496

Habitants


(D’après l’étude démographique en Pays d’Arthies de F. Waro)



IX – UNE EPIDEMIE PEU COMMUNE -


Le docteur Jean Dubar (16) a tenu à signaler cette épidémie d’héméralopie, bien qu’elle ne semble pas avoir atteint les villages situés en dehors des falaises calcaires de la vallée, mais elle était si curieuse et elle a touché des villages voisins.

« En 1786, le duc de LA ROCHEFOUCAULD, le marquis de CONDORCET et l’abbé ROCHON signalèrent, qu’à chaque printemps, il apparaissait dans trois villages de la vallée de la Seine, Saint Martin, Guernes et Follainville, une véritable épidémie d’amblyopie crépusculaire ou héméralopie ou, encore, de « cécité nocturne » caractérisée par une baisse considérable de la vue survenant dès le coucher du soleil ».

Cette maladie était familiale et touchait principalement les hommes. Il s’agissait surtout des vignerons qui présentaient, en même temps, une irritation des yeux.

Il s’agit d’une maladie rare mais connue chez les marins embarqués pour de longs voyages où ils manquaient d’aliments frais. Il en a été de même dans la vallée de la Seine où les légumes frais faisaient défaut en raison des difficultés de leur conservation durant les hivers particulièrement longs et rudes ».


X – LA TAILLE à VILLERS de 1716 à 1788 -


J’ai trouvé aux archives départementales du Val d’Oise les rôles de la taille pour Villers de 1716 à 1788 (A.D.V.O. – Référence C 365).

La taille était, comme nous l’avons déjà dit, un impôt perçu par le seigneur sur ses serfs et ses censitaires. Elle était parfois perçue pour le roi. En 1439, elle devint un impôt uniquement royal. Elle épargnait la Noblesse et le Clergé.

Ce sont des collecteurs de taille élus qui établissent et perçoivent cet impôt. Ces rôles indiquent les noms des collecteurs, le nombre de feux, les noms des chefs de famille et les sommes dues. Le total de l’imposition est indiqué et certifié à la fin. Les personnes exemptées sont signalées. Le tout est signé par les collecteurs.

Le nombre de feux varie peu : 122 en moyenne entre 1716 et 1765, 135 entre 1768 et 1788.

Les exempts sont toujours le curé et son vicaire pendant au moins la moitié du XVIIIe siècle, le seigneur, les mendiants et les « fugitifs » (4 en 1736 et 1746, 1 en 1787. Ce dernier était Nicolas LEFEVRE dit Bonheur) et parfois le clerc laïc ou maître d’école (En 1784 et en 1785, monsieur BESNE ; en 1788, un maître et une maîtresse sans préciser les noms).

L’assiette de la taille s’élève au total aux environs de 1 200 livres ( 1 078 livres 6 sols 6 deniers en 1716 ; 1 290 livres 8 sols 9 deniers en 1750 ; 1 263 livres 2 sols 3 deniers en 1781 ; 1 273 livres 7 sols 5 deniers en 1788).

On est aussi renseigné sur les métiers des personnes imposées : careyeur, échalasseur, batteur, « cabartier », domestique (dans les fermes ou au château), garde-moulin (sûrement à Vienne en Arthies), chirurgien (Il s’agit de Pierre OZANNE cité dans le rôle de la taille de 1769 – A.D. du V.O. – Référence C 365/25), « grennetier », « chartier », charron, « thuilier » (Nicolas DAILLY en 1788)… Bien sûr, on rencontre de nombreux laboureurs, manouvriers, vignerons, casseurs de pierre…

Le rôle de 1763 compte : 1 domestique, 13 servantes, 3 charretiers, 1 homme de cour, 2 petits vachers, 1 concierge Ce doit être celui du château). Le curé a un domestique et une servante, le seigneur a un concierge, une servante et un charretier. 

Dès 1763, à la taille s’ajoutent d’autres impôts :

Taille

1 211 livres16 sols6 deniers

Fourrage et ….

578 livres

Capitation

610 livres

En 1781 : 

Taille

1 263 livres 2 sols 3 deniers

Capitation

790 livres

Accessoires

737 livres

En 1788 :

Taille

1 273 livres 7 sols 5 deniers

Capitation

796 livres

Accessoires

743 livres

J’ai ensuite cherché les plus forts imposés et les moins forts.


En 1716

LEGRAND, fermier à Villeneuve

107 livres 7 sols


GASSE Adrien, laboureur

60 livres 4 sols


HARENT Samuel, laboureur

59 livres


DELAMOTTE Antoine, manouvrier

10 sols


BAILLY Christophe, manouvrier

10 sols

En 1763

Le sieur BEUDON (a)

687 livres 14 sols (b)


BINAY Jean, laboureur

45 livres 1 sol


L’occupant de la ferme bornée

Divisée et limitée aux dîmes

Du prieuré de St Léger

137 livres 17 sols


TRUFFAUT Antoine, casseur de pierre

1 livre 19 sols


La femme délaissée de Jean SAUSSAY

1 livre


La veuve de Jean LALLEMAND

1 livre 7 sols


Les enfants et les héritiers

De la veuve de Pierre TROGNON

1 livre


(a) Le sieur BEUDON est aussi cité dans les archives du château comme étant le fermier de la ferme de Villeneuve.

(b) Les sommes sont plus élevées car c’est l’année où apparaissent en plus de la capitation les accessoires soit le doublement de l’impôt.


A partir de 1763, la présentation est plus claire. Les sommes sont au bout des lignes.


En 1788

Etienne ROUGEOLLE, laboureur

Dont 338 livres 13 sols pour la taille

774 livres 19 sols


Nicolas GOUY, laboureur

227 livres 10 sols


Nicolas DAILLY, « thuilier » (a)

40 livres 9 sols


Nicolas BAILLY, casseur de pavé

41 livres 19 sols


Pierre TROGNON, casseur de pavés (b)

6 livres 7 sols


Veuve Jacques BINAY

1 sol


Adrien HARIVEL, casseur de pavé

1 sol


(a) Nicolas DAILLY doit être le tuilier des Mares. Il est cité dans les archives du château.

(b) Pierre TROGNON habitait au Tremblay.


Notons que le laboureur dispose d’un « train de culture » (attelage et charrue). Il cultive au moins 5 hectares et élève du bétail. Quant au manouvrier, il utilise des outils à main (bêche, houe…).

(D’après R. Vasseur et F. Waro) {17}


XI – LA REVOLUTION de 1789 -


Nous avons déjà cité les exigences des villageois de Villers envers leur seigneur, ROGER de Gadancourt, la vente en deux lots du prieuré de St Léger (1791), la confiscation des biens de l’Eglise qui deviennent des «  biens nationaux ». Nous savons que le prêtre, Guillaume GALLAHER, était assermenté ou « juré » (suite au vote de la constitution civile du Clergé de 1790). Bien sûr, nous avons noté la création de l’Etat civil suivi son installation progressive à Villers en Arthies. Enfin, R.D.V. nous a relaté la dénonciation anonyme (1er Thermidor An II – 1794) de ROGER de Gadancourt, son arrestation, sa condamnation à mort, mort à laquelle il échappa grâce à celle de ROBESPIERRE.

Jacques Dupaquier (18) a dépouillé des procès verbaux des trois ordres (Noblesse, Clergé, Tiers-Etat) des baillages de Chaumont en Vexin et de Magny en Vexin. Avant la réunion des Etats généraux le 5 mai 1789 à Versailles, des élections ont lieu dans les villages, les baillages … afin de choisir les députés des Provinces qui se rendront à Versailles. Il a rassemblé des documents de chaque ordre et a donné les résultats par paroisse.

Voici les renseignements administratifs pour Villers :


Nombre de feux en 1712

138

Nombre de feux en 1789

134

Doyenné

Magny en Vexin

Paroisse

Villers en Arthies

Curé en 1789

Guillaume GALLAHER

Seigneur

ROGER de Gadancourt


Le CLERGE :

Guillaume GALLAHER, curé de Villers en Arthies, se fait représenter par Jacques François FAUTELIN, curé de Genainville.

Notons que ce curé deviendra prêtre réfractaire tandis que Guillaume GALLAHER prêtera serment le 16 janvier 1791.


La NOBLESSE :

Eudes Eustache Pierre de CARCILLIER, correcteur de la Chambre des Comptes de Paris, seigneur de Chaudry, est représenté par Jean Philippe de CACQUERAY.

ROGER de Gadancourt, seigneur de Villers, ne comparaît pas. On donne défaut.


Le TIERS-ETAT :

Le procès verbal des élections n’a pas été retrouvé mais on a pu retrouver la liste électorale avec les noms et les professions des électeurs. Jean DUPRE (48e), menuisier, et Antoine Martin DELAMOTTE (6e), petit laboureur, furent élus députés.

Parmi les électeurs, chefs de famille, on compte 11 DELAMOTTE, 11 TROGNON (5 échalasseurs, 1 tailleur d’habits, 1 journalier, 1 casseur de pavé …), 7 RICHOMME, 6 BINET, 5 MEUNIER, 4 OZANNE (1 garde-chasse, 1 journalier, 1 batteur, 1 chirurgien), 3 TRUFFAUT, 3 HARANGER (2 tisserands, 1 charretier) …

Une assemblée préliminaire a lieu à Magny en Vexin le 12 mars 1789 sous la présidence d’Hector LEMARIE, lieutenant général du baillage.

Les 91 membres de cette assemblée élirent 24 représentants pour l’assemblée générale prévue le 16 mars suivant à Chaumont en Vexin.


Les CAHIERS de DOLEANCES :

Ceux du Clergé ne comportent aucun programme cohérent. Ceux de la Noblesse ne sont qu’un « compromis boiteux » entre les partisans de la résistance et ceux du mouvement.

Pour cette période, il nous reste à rechercher des documents aux archives de l’Oise, de la Seine maritime et des Yvelines (ex Seine et Oise).


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Villare Villerium Villers en Arthies

Du XVII e siècle au XVIII e siècle


- REFERENCES et NOTES -


(1)Le prieuré de Villarceaux – Dom Yves CHAUSSY –

M.S.H.A.P.V. – Tome LXIII (1970) -

(2) Etude démographique du Pays d’Arthies – Françoise Waro –

M.S.H.A.P.V. – n° LXV – 1975 -

(3) La Roche-Guyon : châtelains, château et bourg – Emile Rousse 

Hachette – 1892 –

«  En 1666, une longue sécheresse désola tous les alentours ».

(4) Article du « Petit Mantais » - signé R.D.V. (un ROGER de VILLERS) –

Du 27 décembre 1933 – 54e année –

(5) Le canton de Magny en Vexin – Louis Guibert – 1910 –

(6) Notice sur Christophe Ozanne, médecin empirique de Chaudray près de Mantes –

A. Benoît – Chartres – 1874 –

(7) Notice sur le canton de Magny en Vexin – M. Feuilloley –

Magny enVexin – 1884 –

(8) Un village du Vexin : Genainville -

Un prieuré, une église, au cœur d’une communauté rurale -

M.S.H.A.P.V. – Tome LXVI – 1990-1991 –

(9) Mantes et son arrondissement – V. Bourselet et H. Clérisse –

Société française du livre – Paris- Mars 1933 –

(10) Voir référence n° 2 –

(11) id.

(12) La Révolution : Déclaration du Clergé en 1790 dans le district de Mantes –

E. Grave –

(13) Voir référence n° 5 –

(14) Armorial du canton de Magny en Vexin – Alfred Potiquet –

2e édition corrigée d’après l’original de Magny – 1879 –

Paris – Godin-Suffroy – 1939 –

(15) Voir référence n° 2 –

(16) Sur une épidémie d’amblyopie crépusculaire ou héméralopie –

Docteur Jean Dubar –

Extrait des Bulletins et Mémoires de la Société française d’ophtalmologie –

61e année – 1948 – p.405 à 407 -

(17) Les laboureurs du Vexin au XVIIIe

M.S.H.A.P.V. – Tome LXXII – 1984 –

(18) Ainsi commença la Révolution - Jacques Dupaquier –

(Baillages de Chaumont en Vexin et de Magny en Vexin)

M.S.H.A.P.V. – Tome LXXV 1988-1989 –


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Septembre 1993


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