Villare Villerium Villers en Arthies

Des origines à l’aube du XVII e siècle



- INTRODUCTION -


Cette monographie sur un modeste village du Vexin et, plus particulièrement, du Pays d’Arthies, est née de ma rencontre avec le docteur Jean DUBAR, alors conseiller municipal de Villers en Arthies, lorsque j’ai pris ma double fonction d’instituteur secrétaire de mairie en septembre 1957. Des nombreuses conversations que nous avons eues, est née une réelle amitié. Nous avons découvert que nous nous passionnons pour des sujets communs : histoire nationale, folklore, histoire locale, sciences naturelles, botanique…Nous avions accumulé des documents et de nombreuses notes concernant notre village. Nous avons consulté les registres communaux qui restaient dans les archives de la mairie. C’est ainsi que les registres de catholicité ont permis de remonter jusqu’en 1617, ceux du cadastre, souvent en piteux état, jusqu’en 1820, ceux des arrêtés du maire et des délibérations du conseil municipal au début du XIXe siècle. Il est dommage que la monographie réclamée aux instituteurs de France en 1899 n’existe pas (ou plus) pour Villers en Arthies.


Monsieur Jean DUBAR m’a demandé, il y a quelques années, si j’acceptais de grouper nos documents pour en faire une synthèse et tenter d’écrire une histoire de notre village auquel, avec les années, nous nous sommes tous les deux attachés. Vous devinez ma réponse !

Il réside actuellement à Boulogne sur Seine. Il ne vient plus, à son grand regret, dans sa résidence, 21 route des Mares. Né en 1898 à Armentières (Nord), il a conservé son esprit curieux, sa verve, son humour, la gentillesse et la simplicité avec laquelle il fait partager son savoir ou ses trouvailles.


C’est ainsi qu’il m’a transmis la citation qui suit en l’accompagnant d’un commentaire qui me gêne un peu mais qui me flatte en même temps : « Ce village où nous vivons, avec ses bois, c’est le village où j’enseigne aux enfants…à connaître, c'est-à-dire à aimer ». Cet extrait d’un lettre citée par Colette, dans « Le fanal bleu », pose bien le problème de ce métier, de cette profession où réussit celui qui aime son métier car il le fait bien et ne peut pas ne pas le faire bien puisqu’il s’y donne tout entier ; il s’attache au village comme il s’attache aux enfants qu’il instruit et, par voie de conséquence, aux familles de ces enfants. Ceux qui liront ce passage pourront se demander ce que ces remarques viennent faire dans l’histoire du village, dans l’histoire de Villers en Arthies : c’est que ce maître d’école vit cette histoire. Eh bien, le docteur Jean DUBAR la vit aussi.


Il existe un grand nombre de notes parues dans diverses publications : statistiques, notices, journaux locaux, bulletins paroissiaux, bulletins folkloriques…Le but de cette monographie sera de rassembler ces renseignements. Nous avons choisi de suivre un ordre chronologique, quitte à revenir sur les divers sujets de cette histoire et à les retrouver aux époques étudiées. Nous allons situer géographiquement Villers en Arthies dans le Vexin français et dans le Pays d’Arthies. Ensuite, viendront les divers événements avec la relation, quand cela sera possible, avec des événements de notre histoire nationale.


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Villare Villerium Villers en Arthies

Des origines à l’aube du XVII e siècle


- SOMMAIRE -


Le Vexin p.4

Le Vexin français p.4

Le Pays d’Arthies p.4

La forêt d’Arthies p.5

Le lieudit Arthies p.5

Le village de Villers en Arthies p.5

La paroisse de Villers en Arthies p.9

Le prieuré de St léger p.9

Le château p.10

La fonction de gruyer p.12

Les châtelains p.12

La « Bataille de Villers » p.13

La vie quotidienne au Moyen-Age p.13


Au XVIe siècle 

François 1er et la forêt royale d’Arthies p.15

Les seigneurs de Villers p.15

La paroisse p.17

La vie quotidienne (Cens, baux, salaires, justice) p.17

Références et notes p. 20


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Villare Villerium Villers en Arthies

Des origines à l’aube du XVII e siècle


- LE VEXIN -


Tous les auteurs (1) affirment qu’à l’époque de la Gaule indépendante, la tribu gauloise qui habitait le Vexin s’appelait Véliocasse ou Vellocasse ou encore Védocasse. A l’époque romaine, la région a été divisée en « pagi » dont l’Arthies (On dit un « pagus », des « pagi »).

Gérard de Sède (2) déclare que le Vexin était le « pagus béliocassinus », c’est à dire le Pays du secret du bélier (du gaulois : bel = bélier et du latin : sinus = secret). Il est devenu au Moyen-Age le « pagus vulcassinus ou vilcassinus », c'est-à-dire le Pays du secret de Vulcain.

Sous l’occupation romaine, la capitale des Véliocasse était Rotomagus (Rouen).


- LE VEXIN FRANÇAIS -


Le Vexin français n’existe, que depuis 911, date à laquelle le roi CHARLES III le Simple, par le traité de Saint Clair sur Epte, concéda en fief la Normandie à ROLLON, chef des Normands. L’ancien pays gaulois des Véliocasses fut alors divisé en Vexin normand et Vexin français.

Suger, dans « la vie de Louis VI le Gros », roi de France de 1108 à 1137, écrit : « Le noble comté de Vexin, situé entre l’Oise et l’Epte, est un fief de l’abbaye de St Denis. Lorsque le roi des Francs, Louis, fils de Philippe, courut s’opposer à l’invasion du royaume des Francs par l’empereur des Romains (*), il reconnut en plein chapitre de Saint Denis tenir de comté du monastère à qui, s’il n’était pas le roi, il devrait, disait-il, l’hommage ». (3)

(*) L’empereur des Romains était le souverain du Saint Empire Germanique.

R. Barroux, dans « L’abbé Suger et la vassalité du Vexin en 1124 » (4), déclare, en substance, que le Vexin était gouverné par un comte. C’est PHILIPPE 1er, roi de France, qui prend possession du comté en 1077 ou 1081 (la date varie selon les auteurs), après la mort de RAOUL le Grand, comte Valois, en 1074 (succession difficile : il n’y avait plus d’héritiers directs).

Sur le terrain, le Vexin français est nettement limité au sud par la vallée de la Seine, à l’est par celle de l’Oise et à l’ouest par celle de l’Epte. Roland Vasseur (5) situe la limite nord à « escarpement qui domine les deux rivières de la Troëne et de l’Esche ».

Au sud-ouest du Vexin, une sorte de butte constitue le Pays d’Arthies Roland Vasseur signale que cette butte a « conservé son chapeau de sable et de meulière qui lui a gardé jusqu’à nos jours, un aspect semi sauvage ».


- LE PAYS d’ARTHIES -


ARTIE, ARTHIE puis ARTHIES, suivant les époques et les auteurs, est un nom considéré comme d’origine celtique : AR étant l’article « la », et TI signifiant maison. Monsieur Dubar signale l’analogie avec le même nom pour désigner maison en breton : TY.

A l’époque gallo-romaine, le Pays d’Arthies s’est appelé ARTHEGIA, ARTIA, puis est devenu ARTIE en roman.

Louis Guilbert, dans son étude « Le canton de Magny en Vexin en 1910 », cite les «Bénédictins défrichent la forêt d’Arthies (In Arthégia) ». 

Dans son bulletin paroissial (B.P. n°52 d’avril 1928), l’abbé Guibourgé, curé de Villers, écrit : « En 1224, Théodobaldus de Artia (Thibault d’Arthies) ».

Dans son B.P. n°53 de mai 1928, il mentionne : « En 1334, Guillaume de MIREBECQ, écuyer, tient à Artie de l’abbé de St Denis, un fief… » (Il s’agit du château des Tournelles à Arthies).

Madame Françoise Waro (6) situe géographiquement le Pays d’Arthies en le limitant à quatre rivières : la Seine au sud et au sud-ouest, l’Epte au nord-ouest, l’Aubette de Magny au nord et l’Aubette de Meulan à l’est.


- LA FORÊT d’ARTHIES -


Le commandant Houssemaine (7) affirme que la forêt d’Arthies devint forêt royale lorsque le comté du Vexin fut rattaché au domaine royale en 1082.

Les rois de France se réservaient la chasse dans cette forêt et certains d’entre eux ont même voulu assurer la conservation du gibier. Ainsi les limites sont-elles données de façon précise.

En 1506, un « aveu » (*) de Bertin de Silly, seigneur de La Roche-Guyon, chambellan du roi (**) précise : « …La forêt d’Artye, limitée de toute antiquité, s’étend et commence à un grand ormetel près du lieu de Tyron, autrement dit St Jean d’Orgemont, venant au clocher de l’église de Chérence, de là au clocher d’Aumerville, allant au clocher de Maudétour et de là au clocher de Gadancourt, allant à une croix sur le village d’Avernes, le chemin qui mène à Meulan allant au clocher de l’église de Jambville, et de là au clocher de l’église de Fontenay Saint Père, et de là au clocher de Saint Martin la Garenne jusqu’à la rivière Seine ». (8)


(*) Un aveu est une déclaration écrite constatant l’engagement du vassal pour son suzerain, une reconnaissance du fief qu’il a reçu.

(**) Le chambellan est un gentilhomme chargé du service de la chambre du souverain.


Voilà donc Villers en Arthies en pleine forêt d’Arthies !


- LE LIEUDIT ARTHIES -


L’origine celtique d’Artie (Ar Ti) est admise par divers auteurs : Dom Toussaint Duplessis, A. Cassan, L. Plancouard, le commandant Houssemaine.

Ce dernier admet que le nom « Ar ti » a été donné, à l’époque gauloise, à une maison forte bâtie en ce lieu. Par la suite, le nom fut donné à la forêt, à la terre, à la seigneurie, à la paroisse et au pays d’où « Pagus Arthegia ».

Au VIIe siècle, le testament de « l’inconnu d’Arthies » (9), grand propriétaire franc, porte les mentions «  Villa Arthégia » et « Pago Velcassino ». Dans ce « papyrus », il faisait don à sa femme CHAMNETRUDE, de ses maisons, de ses esclaves et des terres du domaine d’Arthies.

Quant au qualificatif « en Arthies » appliqué à un certain nombre de paroisses, puis de communes, il semble bien réservé à des lieux situés dans la forêt d’Arthies. 









- LE VILLAGE de VILLERS en ARTHIES -


C’est d’abord le village de 1993 que nous allons situer et présenter.

Il se trouve à environ 11km au sud-ouest de Magny en Vexin, à 15km au nord de Mantes la Jolie et à 70km environ au nord-ouest de Paris.

Il est composé d’un bourg aggloméré et de nombreux écarts ou hameaux, le tout couvrant une superficie de 830 hectares. Il est très vallonné.

Le tableau ci-dessous le prouve :


Hameaux ou écarts

Altitudes

Remarques

Les Mares

162m


La Goulée

110-125m

Entre 110 et 125

Chaudray

100m

Station de pompage

Le Grand St Léger

170m


Le Tremblay

140m

Aux environs de 140

Villeneuve

170m

Face à la ferme

Les Cavières

175m


Le Bois de Villers

199m

Point haut de la commune

Le point culminant de la commune se trouve sur le G.C. n°1 à la limite de Maudétour s’élève à 203m.

Le bourg est bâti sur une pente comme le montre le tableau ci-dessous.


Edifices

Altitudes

Remarques

Mairie Ecole

145-150m

Entre 145 et 150

Eglise

150


Château

189,4m

Aile gauche

Point géodésique


Voici Villers en Arthies situé géographiquement.

Une des premières mentions de Villers (10), sinon la première, se trouve dans une charte (*) de PEPIN le Bref en 768 sous la forme de « Villare » pour la donation d’une partie de la forêt d’Arthies.

En 832, on retrouve « Villare » dans une charte de LOUIS le Débonnaire. La même année, HELDUIN, abbé de St Denis, cite le monastère de « Villare ».

En 1060, Guibert (11) indique qu’il existait une chapelle et une ferme au milieu des bois sous le vocable de St Léger des Bois. Il y avait là « une abbaye bénédictine » dépendant de St Germain des Prés, à laquelle HUGUES, archevêque de Rouen, accorde la chapelle de St Léger avec « dîmes, bénéfices et revenus ». ROTROU, également archevêque de Rouen, confirme cette donation en 1175. Une bulle (**) du pape ALEXANDRE III la confirme en 1177.

Dès 1157, « Villerium » apparaît dans les textes des archevêques et du pape. Cette même année, une église de Villers, sous le patronage de St Martin, est confiée aux religieux de St Léger.

(*) Une charte est un titre de propriété, de vente ou de privilège octroyé.

(**) Un bulle est un décret du pape scellé au plomb.


Alors que tous les auteurs s’accordaient pour signaler, l’absence de vestiges archéologiques, la lecture du bulletin archéologique du Vexin français (n° 9 de 1973) révèle l’existence d’un site important (3 000m2) au lieudit «  le Pont de Pierre », situé au nord-est du bourg. Voici la relation du découvreur J. Pomié :

« La prospection de surface d’un champ de maïs nous a permis de repérer un important gisement gallo-romain en ce point. Les labours profonds défoncent des murailles avec blocs de meulière. Tégulae très nombreuses. Débris importants et nombreux de céramiques : céramiques noires indigène, céramiques à pâte blanche, amphores, tessons de mortier, sigillés de Lezoux et de l’Argonne. Petit fragment d’un gobelet en bronze étamé ».















« Le gisement est très visible au sol : couleur de la terre plus sombre, blocs arrachés aux murailles. Trois zones sont nettes. Le gisement occupe une surface de3 000m2 et il est fort probable qu’il se poursuive dans le petit bois qui limite à l’est les labours. Prospection reprise par notre jeune ami D. Zucmann. »


- LA PAROISSE de VILLERS en ARTHIES -


En 1160 ( ?), HUGUES, archevêque de Rouen, donne, par lettre, à l’abbé de St Germain, la «  présentation à la cure de Villers ». ROTROU ratifie ce privilège en 1176 ( ?).

(D’après le B.P. n° 32 d’août 1926)


La paroisse de Villers dépendait de l’archevêché de Rouen., l’archidiaconé de Pontoise ayant été vendu en 1056 à MAURILLE, archevêque de Rouen, par GAUTIER, dernier comte de Pontoise.


De qui dépendait vraiment la paroisse de Villers en Arthies ? Il semble qu’un problème se pose. La plupart des auteurs la font relever de l’abbaye de St Germain des Prés, de même que le prieuré de St Léger et ceci paraît normal puisqu’il s’agit de l’Ordre des Bénédictins en 1060.


Pour Jacques CHARLES (12), la paroisse de Villers, dans la charte de PEPIN le Bref, appartenait en 768 à l’abbaye de St Denis : « in Villare mansos duos » (A Villers, deux maisons). Il en est de même en 832 dans la charte de LOUIS le Débonnaire.


Monsieur Lelièvre-Lynde (13) indique également comme donnée aux moines de St Denis « qui étaient établis à Villers », une partie de ladite forêt d’Arthies par le roi LOUIS VIII, soit entre 1223 et 1226.


- LE PRIEURE de SAINT LEGER des BOIS -


Le prieuré de St Léger existait avant 1060 ( ?) puisqu’il est mentionné dans les cartulaires (*) de l’abbaye de St Germain des Prés à cette date (Je n’ai malheureusement pas pu revoir la brochure que m’avait communiquée monsieur RIVOIRE Auguste. Je n’avais pas noté les références à l’époque).


Dans son bulletin paroissial (B.P. n° 32 d’août 1926), l’abbé Guibourgé écrit : « Vers le XIIIe siècle, Guillaume BROSTIN et son épouse donnèrent aux Bénédictins de St Léger un muid de grain à prendre sur la grange d’Omerville et trois arpents de bois dans le voisinage du prieuré ».


Durant la guerre de Cent Ans, en 1384, dans les biens de l’abbaye de St Germain des Prés, figure « …à St Ligier en Artie, un prioré où il y a un prieur religieux et un de nos compagnons, une maison toute détruite par les guerres, séant auprès des boiz esquels nous avons usurgé pour édifier et ardoir sans vendre, à la volonté de notre prieur.» (14)


« Le 13 octobre 1470, Robert CHATELAIN, curé de St Martin de Villers, abandonne au couvent de St léger les menues dîmes de la paroisse.»


(*) Les cartulaires étaient des recueils de chartes concernant les titres de propriété temporels d’un monastère ou d’un église.

- LE CHATEAU –


Un article signé R.D.V. paru dans le journal « Le Petit Mantais » le 17 décembre 1933 et des notes prises chez divers auteurs (A. Benoît, M. Feuilloley, L. Guibert) permettent d’évoquer le château primitif ( ?).

R.D.V. (un ROGER de VILLERS) affirme : « La tradition veut que Villers ait été une demeure royale, un simple pavillon de chasse dans la forêt d’Arthies ».

Dans un bulletin paroissial dont je n’ai pas pu retrouver les références, on pouvait lire : «  Construit sous St Louis, seules, les fondations demeurent et les galeries souterraines, conduisant à La Roche-Guyon (9km environ - ?), furent obstruées par le comte de VILLERS en raison des dangers permanents que couraient ses enfants et petits-enfants ».

Divers dictionnaires et guides anciens ou récents mentionnent une « tour de la reine Blanche » dans le parc du château de Villers. Or, il n’y a pas de tour dans le parc. Il semble vraisemblable que l’aile gauche du château actuel, la plus ancienne, aux fondations épaisses rappelant celles des murailles de défense, soit cette tour. D’ailleurs, monsieur ROGER de VILLERS Thibault l’appelle le « pavillon de la reine Blanche ».

Qui est cette reine Blanche ? On pense tout de suite à Blanche de Castille (1188-1252).

Monsieur DUBAR fait remarquer que l’histoire connaît d’autres reines Blanche : Blanche de NAVARRE, sœur de CHARLES le Mauvais, roi de Navarre et épouse de PHILIPPE VI de Valois. Par reine blanche, on désignait, sous HENRI III, les reines veuves des rois. Ainsi, « HENRI III, dit l’Etoile, alla saluer la reine Blanche ». ? C’était ELISABETH d’Autriche, veuve de CHARLES IX.

Selon R.D.V., le roi St LOUIS (LOUIS IX) est venu quelquefois chasser dans la forêt royale d’Arthies. Sa mère, Blanche de Castille, venait l’attendre dans ce rendez-vous de chasse.

Le roi St LOUIS désignait bien sa mère sous le nom de la reine Blanche. C’est ce qu’on lit dans une charte de juillet 1245 :

« Louis, par la grâce de Dieu roi de France, à tous ceux qui ces présentes lettres verront, Salut. Faisons savoir que nous avons vu les lettes de madame notre mère la reine Blanche, conçues en ces termes : Blanche par la grâce de Dieu… ». (15)

La plupart des auteurs inclinent pour Blanche de Castille qui, d’ailleurs, «  dépeça et vendit par morceaux la forêt d’Arthies » pour arriver à payer la rançon de son fils fait prisonnier à la bataille de Mansourah (1249). M. Feuilloley (16) précise : « GUYON (GUY) de La ROCHE acheta, en 1250, 1 100 arpents ; PILAVOINE de Merez, seigneur de Chaussy, 800 arpents ; RUBANTEL de Maudétour, 400 arpents… ».

R.D.V.déclare : « Villers fut vendu peu après. Qui l’acheta ? On ne sait pas. Peut-être la famille LE TIRANT qu’on trouve installée en 1377 et qui restera propriétaire de Villers jusqu’en 1763». J’ai pu avoir accès à un lot d’archives découvert récemment. Un Jean LE TIRANT est cité dans un inventaire des pièces lors d’un aveu et dénombrement de 164. dans l’affaire qui oppose un LE TIRANT (certainement Samuel l’aîné) au sieur de POTONNILLE. Il était fait référence à un contrat de 1320, passé par Jean LE TIRANT. Nous retrouverons les châtelains plus loin.

Monsieur DUBAR signale qu’en 1240, Blanche de Castille avait déjà donné, suivant la tradition, « Les friches de Villers » au village de St Cyr (Référence non retrouvée).

Auparavant, le roi LOUIS VIII (1223-1226) avait offert des morceaux de la « Forêt d’Artye » à divers monastères sans oublier les moines du prieuré de St Léger des Bois (D’après R.D.V.).

Peut-on affirmer que le château n’était qu’un pavillon de chasse ? On suppose que le « château primitif » était à l’emplacement de l’aile gauche du château actuel qui a dû être construit sous LOUIS XIII.








- LA FONCTION de GRUYER -


Dès 1190 (17), PHILIPPE-AUGUSTE accorde au sire de La Roche la « gruerie  de la Forêt d’Artye » et, dès 1211 (18), le droit de chasse exclusif au baron GUY 1er de La Roche par une charte royale en latin. En 1223 (17), il institue GUY de La Roche « gruyer hérédital » de cette même forêt.

C’est d’après monsieur Plancouard (17) que nous allons expliquer la fonction du gruyer. Ce vieux terme de gruyer désigne un officier connaissant les affaires relatives aux forêts du domaine, ayant un rôle de police et de surveillance, veillant à la sauvegarde du gibier et à la protection de la végétation (Sylviculture).

Il faut savoir que les rois se réservaient exclusivement le droit de chasse dans les forêts royales, ainsi que la récolte des fruits. Ce n’était qu’avec une permission spéciale que le gruyer pouvait jouir des mêmes droits. On peut lire dans un aveu de BERTIN de SILLY, seigneur de La Roche-Guyon : « Nul, de quel qu’état qu’il soit, ne peut chasser ni tendre ni filet ni harnois que Moy et la Meute du Roy notre dit seigneur, ni aussi prendre ou cueillir les fruits d’icelle sans le congé de Moy, en laquelle forêt ai sergents…pour prendre garde que on y chasse ne preigne aucuns oiseaux…ni aussi qu’on y coupe aucun bois, ni qu’on y mène aucunes bêtes à pasturer ».

Les sanctions contre les contrevenants étaient très dures.

En mars 1326, le roi CHARLES IV le Bel octroie la gruerie de la «  Forêt royale d’Artye » à GUY III de La Roche, chambellan, et confirme la charte de PHILIPPE-AUGUSTE avec tous les droits pour lui et ses hoirs (*).

(*) Les hoirs sont les héritiers.


Pourquoi cette étude sur les gruyers ? C’est que certains seigneurs de Villers ou des hauts personnages bénéficieront de cette charge. Ainsi, Léon Mirot (19) cite : « 7 mai 1511 – H. de la gruerie de la Forêt d’Arthies, annexée au fief de Villeneuve, en la paroisse de Villers en Arthies, et du droit de chasse en cette forêt, mouvant de la vicomté de Paris, rendu par Roger GOUEL, procureur du baillage de Rouen, tant en son nom qu’en celui de Jeanne LUILLIER, damoiselle sa femme – (P. XVII, n° 93) » (*).

(*) XVII correspond au registre. (H.) est l’abréviation d’hommage peut-être un aveu dans le cas présent).


- LES CHATELAINS -


Tous les auteurs citent les LE TIRANT à partir de 1377 et, « peut-être avant » ajoutent certains. Comme je l’ai indiqué au chapitre sur le château, on peut faire remonter cette famille à 1320 avec un Jean LE TIRANT. Ils resteront à Villers jusqu’en 1763.

Monsieur Potiquet (20) décrit ainsi leurs armes : « d’azur à cinq cotices d’argent ». Cotice peut désigner une bande étroite traversant diagonalement l’écu. J’ai eu en main un livre représentant cet écu mais je n’ai pas, à l’époque, recopié le dessin ni noté la référence. Ce mot vient aussi de « coste ». Il s’agirait alors de côte. Ce serait aussi, dans ce cas, les collines figurant dans les armes au-dessus de la grille en fer forgé de l’entrée principale actuelle.

D’après R.D.V., les premiers LE TIRANT étaient Maîtres d’Hôtel des rois CHARLES V (1338-1380) et CHARLES VI (1380-1422). En 1410, Jeanne LE TIRANT fut la nourrice de CHARLES VI.

En 1481 (17), le roi LOUIS XI donne à Jacques de SAINT BENOIT, seigneur de Villeneuve en Arthies, l’office de gruyer de la Forêt royale d’Arthies avec, « faveur toute particulière » l’autorisation de chasser.

- L’ENIGME de la «  BATAILLE de VILLERS en ARTHIES » -

(D’après monsieur Jean Dubar)


La consultation du cadastre de Villers nous a conduits à relever des noms de lieudits voisins qui nous ont intrigués. En effet, dans le secteur est du territoire communal, on note un lieudit remarquable : « La Vallée du Roi ». Cette vallée s’étend sur le versant est d’un vallon orienté nord sud. Le versant ouest du vallon est nommé « Les Anglais ». Monsieur Dubar concluait : « Il n’en faut pas plus pour évoquer une bataille d’autrefois ». Cependant, aucun historien régional, à notre connaissance, n’y a prêté attention. Qui plus est, au-delà du lieudit « Les Anglais », on trouve celui de « La Croix du Carnage » vers l’ouest. Une croix du carnage existe encore de nos jours. Si on ajoute le lieudit « Le château Gaillard », situé au-dessus de la ferme de Villeneuve, « on est tenté de conclure à une bataille et à une victoire des armées (de l’ost) du roi de France ».

Monsieur Dubar s’est attelé à la besogne. Quelle bataille ? De quand date cette victoire ? Il y a tant eu de « bagarres » pendant la guerre de Cent Ans !

En effet, de 1346 à 1453, le Vexin n’a pas été épargné par les armées des deux camps, ni par les brigands des Grandes Compagnies qui, « se trouvant sans emploi, couraient de province en province, raflant tout ce qu’ils trouvaient », ni par les « escorcheurs et les retondeurs ».

Il ne pense pas toutefois qu’il s’agisse de cette guerre. Il songe aux « bagarres » entre le roi de France et le roi d’Angleterre, duc de Normandie, peu après la bataille d’Hasting et la conquête de l’Angleterre. GUILLAUME le Conquérant, duc de Normandie, fit, dit-on, le « dégast dans le Vexin », mais c’était en fait sur la rive gauche de la Seine. Ce « dégast » dévasta plusieurs villages et se termina à Mantes auquel les Normands mirent le feu. C’est en constatant la destruction de la ville que GUILLAUME le Conquérant fit une chute de cheval, rue de la Heuse, et se blessa si gravement qu’il en mourut peu de jours après.

Alors, monsieur Dubar signale que les combats (*) entre PHILIPPE-AUGUSTE (1180-1223) et RICHARD Cœur de Lion (1189-1199), roi d’Angleterre, ne se comptaient plus. Ces conflits concernaient la possession de Gisors.

(*) Guillaume Le Breton, moine, écrivit « La Philippide », poème épique, relatant les exploits de PHILIPPE-AUGUSTE.


Monsieur Dubar émet une autre hypothèse en s’appuyant sur une étude d’E. Houth (21) qui renvoie lui-même à la « Chronique de Guillaume de Nangis » et à « l’abbé SUGER ». En 1109, il y eut un « démêlé » entre le roi LOUIS VI et le roi d’Angleterre au sujet de Gisors qu’Henri 1er avait enlevé à la domination de Thibault PAYEN. « En mars ou en avril 1109, eut lieu une rencontre entre les armées françaises et anglaises. L’armée française de LOUIS VI ravagea, en se rendant à Gisors, les terres de ROBERT, comte de Meulan.

Pour monsieur Dubar, la « bagarre de 1109 » semble la plus plausible, mais nous laissons à des historiens chevronnés le soin d’élucider cette énigme.


- LA VIE QUOTIDIENNE DANS LE VEXIN FRANÇAIS -


Monsieur Feuilloley a écrit une notice sur le canton de Magny en Vexin. C’est dans celle-ci que nous avons puisé les renseignements sur la vie quotidienne au Moyen-Age (22).

Ce sont les épidémies, nombreuses à cette époque, qui retiennent notre attention.

La lèpre a été rapportée d’Orient par les Croisés. Les lépreux sont « parqués » dans des maladreries ou des léproseries ou bien ils sont rassemblés dans des lieux isolés. Certains lieudits, comme à Magny en Vexin, rappelle cette coutume : il s’agit du « Clos aux Ladres » et de « La Croix aux Ladres ». Il n’y a pas, à notre connaissance, d’endroit particulier à Villers, mais il existait une maladrerie à Bray et Lu, une léproserie à Vétheuil et à Arthies. A Vétheuil, c’était la léproserie St Etienne. Il existe un chemin de l’Aumône qui conduit au cimetière qui se trouve au lieudit « Le Clos St Etienne ».

La peste était un autre fléau du Moyen-Age. La Grande Peste de 1347 à 1361 décima un tiers des Français. Elle sévit dans le Val d’Oise sous, le nom de « peste noire » de 1348 à 1350. A cette époque, des groupes d’hommes dévoués se sont constitués pour ensevelir pieusement les morts qui étaient trop souvent abandonnés par crainte de la contagion. Par la suite, les Confréries naîtront. Nous étudierons celle de Villers en annexe.

Une autre maladie, la «petite vérole », apportée en France lors des incursions des Arabes, provoqua aussi des ravages. Cette maladie contagieuse, voisine de la variole, englobait aussi les autres maladies éruptives.  


Aux épidémies venaient s’ajouter les redevances multiples.

Le champart (de campi pars) était un prélèvement sur les récoltes. Le seigneur faisait compter et choisir aux « diziaux » son champart ; pour le grain, le onzième (une gerbe sur onze) ; pour le vin, le droit se payait au « bord des cuves » avant tout tirage du vin. Le semeur était tenu, en outre, à « ses dépens, charrier et mener ledit champart en la grange du seigneur ».

Le cens était une redevance en argent sur la rente de la terre. D’abord, ce fut quelques deniers, puis quelques sols, enfin quelques livres. Déjà l’inflation ! Le cens était payable à jour fixe sous peine d’amende par jour de retard. La lecture des archives du château m’a conduit à parcourir des « contrat de fermage » ou de « métayage », ainsi que des baux. Les dates de paiement étaient : la St Rémi, la St Jean d’été ou d’hiver, la St Martin et Noël.

Les baux à cens étaient des concessions de terre, passées devant notaire pour 30 ans. Les aveux étaient passés devant le notaire du seigneur.

La dîme était une redevance en nature sur les produits de l’agriculture due au curé. Elle correspondait au 1/10 de la récolte. Le laboureur devait encore transporter gratuitement cette dîme à la «grange dîmière » ou au presbytère.

Plus tard, apparaîtra la « taille royale ».


Le paysan devait en outre des corvées nombreuses et des droits de toutes espèces.

Les banalités : il fallait moudre son grain au moulin banal, cuire son pain au four banal, presser son raisin ou ses fruits au pressoir banal. Les droits se payaient de la manière qui suit :

Les amendes : Si une charrette de grains ou de vin venait à verser, le chargement appartenait au seigneur, propriétaire de la terre où avait lieu l’accident. « Cela se passait à Charmont au XIVe siècle ».


Les vignerons étaient assujettis au droit :


Au XVe siècle, le seigneur de La Roche-Guyon accordera quelques concessions aux gens de Bray, d’Amenucourt et d’Ambleville ; le seigneur de Buhy en accordera aussi à ceux de St Clair. Il s’agira :


- AU XVIe SIECLE -


- FRANCOIS 1er ET LA FORËT d’ARTHIES -


Ce roi de France a sans doute traversé ou même pu se reposer à Villers qui se trouvait en Forêt d’Arthies.

Louis de SILLY (1510-1557), fils de Bertin de SILLY et de Marie de LA ROCHE-GUYON, et sa femme Philippe de SARREBRUCK possédaient La Roche, Maudétour, Villers, La Bretêche qui était fortifiée. Philippe de SARREBRUCK hérita de son mari les fiefs susdits (23).

Ils étaient très en faveur à la cour de FRANCOIS 1er. Ainsi, le 23 février 1545, « FRANCOIS 1er, dauphin et toute la cour étant au château de La Roche Guyon, le duc d’Enghien, célèbre par la victoire de Cerisoles, s’amusait, suivant les habitudes turbulentes de la jeune noblesse d’alors, à en faire le siège à coup de pelote de neige, quand un coffre jeté par la fenêtre, le frappa à la tête et le tua ». (24)

Monsieur Dubar cite, sans référence, « FRANCOIS 1er (1494-1547) fut un des premiers écologistes, intéressé par la conservation des forêts : réformation des abus commis dans les forêts, en particulier celles de Normandie, parmi lesquelles on pouvait compter celle d’Artye où il est venu souvent chasser ». Il les a protégées pour «  la conservation des bêtes rousses et noires y étant pour son déduit et passe-temps ». En somme une sorte de «  parc national », comme le déclarait encore monsieur Dubar.

« En 1585, par lettre du roi HENRI III, roi de France et de Pologne, est confirmé à Henri de SILLY, comte de LA ROCHE-GUYON, le droit de chasser seul dans la forêt d’Artye ». (25)


- LES SEIGNEURS de VILLERS -


Ce sont toujours des notes glanées au cours de lectures et l’exploitation des registres de catholicité qui permettront d’évoquer la famille LE TIRANT. Il faut ajouter que, depuis 1991, madame ROGER de VILLERS Sylvie m’a remis un lot d’archives découvert dans les combles du château. L’exploitation de ces documents du XIVe au XVIIIe sera longue.

En 1502, Guy LE TIRANT, écuyer, est seigneur de «  Chauldry ». Il est cité comme témoin lors de la grande enquête du Parlement de Paris concernant le procès qui opposait les d’ESTOUTEVILLE aux SILLY (1494-1502). {26}


Analyse de l’enquête faite au Parlement de Paris (1502)

(Liasse A du chartier – 110 folios)

(Enquête qui dura 10 mois jusqu’en octobre 1502)

Folio 80 – Du jeudi 20e jour d’octobre (a), à La Roche-Guyon, à l’ostellerie, où pend pour enseigne l’ymaige de sainte Ba.tienne, noble homme Guyon LE TYRAND, seigneur de Chauldry, 48 ans, né à Chauldry une lieue ou environ de La Roche-Guyon, tint ce fief sous Guy (b), père de ladite Marye (c).

« Scet que, au moment de son mariage, Berthin estait bailly du Costantin (Cotentin), capitaine du Pont de Cé, fort en crédit auprès du roi LOYS (d), dont il estait chambellan, estait réputé pour bien conduire ses affaires, a bien traité sa femme, dont il a conservé et augmenté les droits, et vescu en paix et amour avec elle, a acquis Artye, La Bretêche, une partie de Fresnes l’Esguillon et autres terres.

Folio 81 – « Scet qu’après le décès de Michel d’ESTOUTEVILLE y eut procès de la veuve Marye avec ses enfants et que ledit procès estait à Coutances, devant le bailly du Costantin.

« Dit qu’il estait de la compagnie de Berthin dans la garenne de Limets, près Jaucourt, quand Berthin fut attaqué.

« Que ce jour-là ladite dame Marye n’accompagna pas son mari à la chasse parce qu’elle estait grosse.

« Il qui parle vit venir Jacques d’ESTOUTEVILLE (e) soi disant qu’il voulait parler audit Berthin. Mais en passant ledit d’ESTOUTEVILLE lui lanssa un grand dard, et lui perça une robbe de velours, mais ne fit d’autre mal, parce que Berthin avait une brigandine (f), et armeure, en ces temps, par doubte de sa personne. »


Emile Rousse qui rapporte ce procès, commente ainsi ce témoignage : Le témoin raconte assez confusément cette scène, vit son maître atteint d’un demi javeline tomber à terre et ne vit pas la fin de la « meslée », parce que, dit-il naïvement, «  il s’en fut au logis, et ne attendit pas jusqu’à la fin ».  


Folio 82 – Cinq ou six semaines après, le déposant et sa sœur, mademoiselle de BRESTIGNY (g), furent à Evreux, pour être interrogés sur ce fait par un commissaire délégué par le roi, un nommé Jean BERARD.


(D’après « Une famille féodale aux XIVe et XVe siècles Emile ROUSSE

Les SILLY, seigneurs de La Roche-Guyon »

d’Emile ROUSSE)

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(a) En 1502.

(b) GUY VII, fils de Perette de La RIVIERE et de GUY VI qui épousa Catherine TURPIN De CRISSE.

(c) Marie de LA ROCHE-GUYON, fille de GUY VII et de Catherine de TURPIN, qui épousa en premières noces Michel d’ESTOUTEVILLE.

(d) LOUIS XI.

(e) Jacques d’ESTOUTEVILLE et Guy d’ESTOUTEVILLE, ce dernier étant seigneur de Moyon et de Gassé (Gacé), étaient les deux fils des six enfants de Marie et de Michel.

(f) Une brigandine était un corselet, une petite cotte de mailles.

(g) Je n’ai pas pu l’identifier.


En 1541, Louis Courtin de VILLERS est reçu Chevalier de Malte (27). L’Ordre des Chevaliers de Malte (créé en 1530) a succédé à celui des Chevaliers de Rhodes (créé vers 1509) qui avait lui-même succédé à l’Ordre des Chevaliers, appelés « Hospitaliers de St Jean de Jérusalem », fondé en 1113 à l’époque des premières croisades.

Le 1er 1560, Richard LE TIRANT, écuyer, seigneur de Villers, et Dame Isabeau de CANTIERS, sa femme, marient leur fille Isabeau à Charles de HAZEVILLE, seigneur de Hazeville, Les Essarts, Chaussy et La Poterie. Or, les HAZEVILLE étaient protestants. Ils avaient hébergé CALVIN. « Les LE TIRANT étaient-ils devenus protestants ? » se demandait R.D.V. dans son article de 1933 dans le journal « Le Petit Mantais ».

D’ailleurs, madame Françoise Waro (28) signale qu’en 1540, un habitant de Villers, sans citer son nom, est «  bourgeois de Genève », fief protestant. C’est un réfugié. Nous sommes en pleine Réforme.

Nous retrouvons la description des armes des LE TIRANT dans une étude sur l’église de Vétheuil de Régnier (29) : un écu, au croisillon sud de cette église, avec 5 cotices, représente les armes des LE TIRANT, seigneurs de Chaudry et de Villers.


- LA PAROISSE -


Jean Aubert (30) rappelle que, dès le XIIe siècle, l’abbaye de St germain des Prés présentait un candidat à la cure.

Les relations entre la cure et le prieuré n’étaient pas toujours bonnes. Ainsi, Martin CARRE, curé de Villers, successeur de Robert CHATELAIN, conteste certains droits que les moines avaient dans la paroisse. Le 15 juillet 1561, sentences des Requêtes donne raison aux religieux et confirme « qu’ils peuvent prendre toutes les dîmes des fruits venant de plusieurs pièces de terre à Villers : 10 arpents au lieudit « Le Pendu » (actuellement, un petit bois à Chaudray), 20 arpents au lieudit « Le Jardin des Bois » (Je n’ai pas pu le situer), 19 au St Léger, I au lieudit « Chauffour », 15 aux « Corneilles » (?), 8 à « La vente Michault-Hébert » (?). (D’après le B.P. n° 32 d’août 1926)


Notons qu’en 1539, par l’Edit de Villers-Cotterets, FRANCOIS 1er fait mettre en place les registres de catholicité pour la transcription des baptêmes, des mariages et des inhumations. Ceux de Villers remontent jusqu’à 1618. Celui de 1618-1671 a été repris par le service des Archives départementales qui ne retrouvait pas le sien, exemplaire certainement égaré lors du découpage de la région parisienne et du transfert des documents à Cergy-Pontoise.


- LA VIE QUOTIDIENNE -

Emile Rousse (Voir référence 26) a étudié très en détail les comptes des seigneurs de La Roche-Guyon au XVIe siècle. Il cite : « En 1538, les habitants de La Goulée, près de Chérence, qui doivent chacun annuellement , en vertu d’une convention de 1283, une journée de corvée comme prix d’échange d’un droit de pâturage sur les biens seigneuriaux ».


Ernest Coyecque a réalisé un recueil d’actes notariés relatifs à l’histoire de Paris et de ses environs au XVIe siècle. J’ai extrait deux actes concernant Villers.

Octobre 1543 – (1er tome – 1905 – n° 2402, page 447)

« Mise en apprentissage, pour six ans, par Marion Du BOIS, veuve de Philbert THIRANT, cardeur et peigneur de laines, à Chaudry, chez Claude GRANDIN, nattier à Paris, qui lui fournira le vivre….et l’entretiendra ». (3, folio 11’)

Septembre 1545 – (2e tome – 1924 – n° 3856, page 73)

Pour l’exécution d’un testament, il est cité : « Les héritiers sont Antoine De L’ATRE, manouvrier à Villers en Arthies ». Il s’agissait de la succession de « Marc De LA HAIE, prêtre habitué en l’église de St André des Arcs (Est-ce « des Arts ?) ».

Par la suite, nous évoquerons cette vie, faute de documents sur Villers, à l’aide de notes sur le Vexin et, plus particulièrement sur les villages voisins.

On signale encore une épidémie de peste en 1583.

E. Rousse (26) fournit de précieux renseignements sur les salaires, les baux et le cens dans le Vexin dans son étude d’après les archives et les comptes de la famille des SILLY de La Roche-Guyon.


Le cens – Comme nous l’avons déjà écrit, c’était une redevance en denrée ou en argent due annuellement au seigneur à date fixe pour toutes les « maisons, boves (habitations creusées dans la roche) et héritages situés sur le territoire seigneurial ».

Roland Vasseur et Françoise Waro (31) ajoutent des précisions : « le cens était indivisible, c'est-à-dire que si un cens était partagé entre plusieurs tenanciers, le seigneur pouvait poursuivre un des héritiers pour paiement du cens entier, quitte à ce dernier d’exercer recours contre ses cocensitaires, chacun pour sa part de portion. Cependant, il n’avait pas pu empêcher le tenancier, au cours des siècles, de vendre, de partager, de donner, de transmettre ».


Les censives – Elles comprenaient « lods, ventes, saisines, amendes, mutations après décès ».

Roland Vasseur et Françoise Waro (31) écrivent : Elles constituent, «moyennant une redevance au seigneur, une véritable propriété du tenancier qui est arrivée à se perpétuer dans sa famille ». 

A La Roche-Guyon, Emile Rousse donne des chiffres. On payait 2 sols pour une maison, 6 deniers pour une bove et 2 sols par arpent pour certains terrains. Le paiement en denrées se calculait par ½, ¼ ou ¹/12 de poule ou de chapon. Ainsi, à Chantemesle, 60 habitants fournissaient 22 ½ chapons, 11 ⅔ poules, 24 boisseaux d’avoine, 5 boisseaux de seigle et orge. 18 habitants fournissaient 68 œufs.


Les baux – Un arpent de terre était loué annuellement moyennant 1 poulet ; une petite ferme moyennant un fermage d’un sol ou d’un panier de cerises pesant 5 livres. Une ferme de La Roche-Guyon était affermée pour 8 muids de grains ; le moulin de Vétheuil pour 20 à 27 livres.


Les salaires – En latin, sal signifie sel. Emile Rousse signale, qu’au Moyen-Age, les ouvriers étaient souvent payés en nature. Le « maître » ajoutait quelques deniers en numéraire pour qu’ils puissent acheter du sel. De là, serait venu le mot « salaire ». Il donne ensuite quelques salaires :


Salarié

Salaire

Précision

Vigneron

10 deniers

Par jour

Hotteur et fouleur

20 deniers

Par jour

Planteur de saules

10 à 20 deniers

Par jour

Le bailli

20 livres

Par an

Son lieutenant

10 livres

Par an

Le prévost (*)

10 livres

Par an

Le procureur fiscal

60 livres

Par an


(*) Le prévost était un officier de police judiciaire.


Pour établir une comparaison, E. Rousse donne des indications sur le coût de la vie, en précisant que le peuple, accablé d’impôts, de redevances, de corvées, a bien du mal à acheter, même les denrées les plus communes.


denrée

Prix

Précision

Hareng

30 sols

Le cent

Morue

3 sols

La pièce

Maquereau

9 deniers

La pièce

Chapon

2 sols 6 deniers

La pièce

Poule

15 deniers

La pièce

œufs

6 deniers

La douzaine


Un tableau des unités citées ci-dessus permettra de mieux lire les tableaux précédents.


Monnaie : 1 livre valait 20 sols.

1 sol valait 12 deniers.

Poids : 1 livre valait environ 480 g (variable selon les Provinces).

Surfaces : 1 arpent valait 100 perches, soit 50 ares ou ½ hectare.

1 perche valait environ 50 m2 (variable selon les Provinces).

Capacités, volumes : (encore bien plus variables).

1 Muid valait 12 setiers.

1 setier valait 12 boisseaux.

1 boisseau correspondait à 13 litres environ.


La justice – Monsieur Feuilloley a évoqué la justice au XVIe siècle dans son étude sur le canton de Magny en Vexin (32). A cette époque, Villers dépendait du baillage de Magny en Vexin.

A Magny, il y avait « haute, moyenne et basse justice. Le bailli était assisté d’un lieutenant général, d’un procureur du roi, de greffiers, de sergents et d’huissiers ». Il existait une prison. L’auditoire et la prison « devaient être la maison n° 27 rue de l’hôtel de ville ». Il y avait aussi les fourches patibulaires. Ce devait être au bord du grand chemin de Paris, au lieudit « La Justice ». On pouvait aussi subir le supplice du carcan. Il « était attaché à un poteau de la halle de l’époque ».


Une affaire importante eut lieu en 1594 : « Le bailli de Magny condamna Pierrette GILLES de Chaussy à être pendue comme sorcière ». Un appel auprès du Parlement de Paris ramena la peine à un bannissement perpétuel. 


E. Rousse (26) mentionne un extrait des comptes du bailli de La Roche-Guyon. Il s’agit des sentences prononcées entre 1513 et 1538 : « …Autre procès crymynel contre Germain AUGER, pour ayde au rapt d’une fille de Villers en Arthyes, condamné à estre fouetté par les carrefours de La Roche-Guyon, à 3 jours de marché. Coût : 50 livres ». Ces frais de justice étaient à la charge du seigneur de La Roche-Guyon.


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Nous voici arrivés au terme de notre première étape de l’histoire de Villers en Arthies. Le prochain volet sera consacré aux XVIIe et XVIIIe siècles.

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Septembre 1993

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Villare Villerium Villers en Arthies

Des origines à l’aube du XVII e siècle


NOTES et REFERENCES


  1. E. Bougeâtre – Précis d’histoire du département de Seine et Oise – Librairie Delagrave.

  2. Gérard de Sède – Les templiers sont parmi nous ou l’énigme de Gisors – Ed. ?

  3. Ch. M. de la Roncière – La vie de Louis VI le Gros – Editions Colin – 1969.

  4. R. Barroux – L’abbé Suger et la vassalité du Vexin en 1124.

  5. Bulletin folklorique de l’Ile de France – n° 6 et n° 7 – 1969.

  6. Françoise Waro – Etude démographique du Pays d’Arthies.

(M.S.H.P.V. – n° LXV – 1975)

(7) Commandant Houssemaine – Le Pays d’Arthies.

(Amis du Mantois – n° 7 – 1956)

(8) M.L. Plancouard – La Forêt royale d’Arthies.

(Paris – Imprimerie nationale – 1896)

(9) Lachiver, Rivière, Vasseur – Le Vexin français à travers les âges – Pontoise – 1979.

(10) Jacques Charles – Les possessions de l’abbaye de St Denis dans le Mantois.

Amis du Mantois – n° 25 – 1974.

(11) Louis Guibert – Le canton de Magny en Vexin (1910).

(12) Voir référence n° 10.

(13) Lelièvre-Lynde – Une série d’articles : 16 châteaux du canton de Magny en Vexin.

Parus dans « Le courrier de Mantes » - Celui du 14 janvier 1961.

(14) Voir référence n° 9.

(15) Jacques Sirat – Deux chartes de St Louis et de Blanche de Castille.

(Suite à la donation faite par Mabille de Guiry à l’abbaye du Trésor, monastère de l’Ordre de Citeaux, fondé en 1228 par Raoul de Bus).

M.S.H.A.P.V. – Revue 19 – n° 22 – 1976.

(16) M. Feuilloley – Notice sur le canton de Magny en Vexin – 1884.

(17) Voir référence n° 8.

(18) Voir référence n° 7.

(19) Léon Mirot – Archives nationales (Hommages rendus à la Chambre de France -

Chambre des Comptes de Paris – XIV-XVI – Tome 1 – 1982 – Série F).

(20) Alfred Potiquet – Armorial du canton de Magny en Vexin.

2e édition corrigée d’après l’original à Magny – 1879 – Paris – Godin-Suffroy – 1939.

(21) Emile Houth – La chronique de Guillaume de Nangis – Bibliothèque nationale - ? –

(22) Voir référence n° 16.

(23) Emile Rousse – Une famille féodale aux XVe et XVIe siècles

Les Silly, seigneurs de La Roche-Guyon – Hachette – ( ?)

(24) Voir référence n° 22.

(25) Denise White – Notice sur le château d’Artye en Vexin.

Amis du Mantois – n° 22 – 1971.

(26) Emile Rousse – Voir référence n° 23.

(27) L. Guibert – Le canton de Magny en Vexin – 1910.

(28) Françoise Waro – Etude démographique du Pays d’Arthies.

M.S.H.P.V. – n° LXV – 1975 ;

(29) Louis Régnier – L’église de Vétheuil.  

M.S.H.P.V. – n° XXIX – 1910.

(30) Jean Aubert – La grande histoire du Val d’Oise.

Edijac – 1987 – p. 183.

(31) R. Vasseur, F. Waro –Villages du Vexin : Genainville.

M.S.H.P.V. – Tome LXXVI – 1990-1991.

(32) Voir référence n° 22.