La guerre de 1914-1918

à Villers en Arthies



Préambule à mon étude de décembre 1988

Revue et complétée en décembre 1992




« Les peuples heureux n’ont pas d’histoire ». C’est bien connu ! Est-ce le cas de Villers en Arthies ?


Non, depuis trente quatre ans, je vis dans le Vexin et je découvre toujours, car il faut chercher et prendre le temps d’observer, quelque chose de nouveau à Villers en Arthies ou dans ses environs.


La lecture des divers registres encore conservés en mairie (registres du cimetière, registres de l’Etat civil, registres des arrêtés du maire et des délibérations du conseil municipal…) m’ont permis d’évoquer la vie du village durant la guerre et l’après-guerre.


C’était l’introduction à quelques mots près de mon étude de décembre 1988.


Profitant des questions et des conseils de quelques amis à qui j’ai donné à lire mon travail, j’ai repris mes recherches en tentant d’apporter des précisions et en posant les questions auxquelles je n’ai pas pu répondre.  


Décembre 1992

Jean ROCHEFORT





Durant la guerre de 1914-1918



En 1911, Villers en Arthies compte 323 habitants. On dénombre 12 à 15 fermes aux alentours de 1914 selon les affirmations des Anciens. D’ailleurs, une délibération du conseil municipal du 9 décembre 1909 confirme ces déclarations. La commission des classificateurs chargés d’évaluer la propriété bâtie comporte 12 noms de cultivateurs dont 1 de Vétheuil et 1 de Vienne en Arthies.


3 août 1914 : C’est le début de la guerre.


10 août 1914 : délibération du conseil municipal dans laquelle le maire lance un appel à toute la population pour assurer « la moisson, le battage et la rentrée des récoltes futures».


Délibération du 4 octobre : Le docteur LUBIN est mobilisé. Plus de docteur. Le docteur BARBATIS veut bien assurer un service sur plusieurs communes, mais il réclame une indemnité de 5 francs par jour. Pour la durée de la guerre, la commune adhère au service médical et vote une participation de 1 000 francs.


Délibération du 9 novembre : Le conseil municipal vote une somme de 100 francs pour la Croix rouge de Mantes qui « reçoit journellement des blessés ».


Délibération du 22 décembre : Il vote une subvention de 100 francs pour l’œuvre du Petit Drapeau Belge. 


Délibération du 4 août 1915 :

Déjà un an de guerre.

La médaille de vermeil est attribuée au docteur BARBATIS en remerciements de ses services.


Délibération du 11 novembre : La commune verse 100 francs pour la journée de Seine et Oise en faveur des réfugiés, des prisonniers, des mutilés et des blessés de Seine et Oise.


Délibération du 16 novembre : Une subvention de 100 francs est accordée à la Croix rouge de Mantes.


D’autres associations se créent et sollicitent des aides auprès des communes.


Délibération du 11 juin 1916 : Le conseil vote plusieurs secours : 

  1. 25 francs pour l’œuvre des militaires tuberculeux

  2. 25 francs pour le Comité de la Croix rouge de l’Union des Femmes de France.

  3. 25 francs pour l’œuvre de la Cocarde du Souvenir.

  4. 25 francs pour l’œuvre des Pupilles de l’Ecole Publique.


Délibération du 3 septembre : Ce sont encore des subventions qui sont accordées : 50 francs à l’œuvre d’assistance aux mutilés des armées de terre et de mer de Seine et Oise et

50 francs à l’hôpital auxiliaire de Magny en Vexin.


Délibération du 15 octobre : La commune verse 50 francs au comité des œuvres départementales de la guerre.


Délibération du 10 juin 1917 : Plusieurs secours sont votés :

  1. 25 francs à la Cocarde du Souvenir.

  2. 25 francs pour les Pupilles de l’Ecole publique de Seine et Oise.

  3. 25 francs pour la Croix rouge (Union des Femmes de France).

  4. 25 francs pour le Devoir social (Organisme dont le but est de reconstituer les foyers détruits par la guerre).


Délibération du 21 octobre : Lors de cette réunion, le conseil municipal propose madame Alice BEAUFOURD, veuve de GEROUT Henri (tué à Estrées dans la Somme le 21 juillet 1916), mère de trois enfants(7,5 et 4 ans), pour l’obtention d’un don de la Croix rouge américaine.


Délibération du 11 novembre : La commune accorde 50 francs à l’œuvre du Foyer du soldat et 50 francs à celle des prisonniers de guerre de l’arrondissement.


Délibération du 10 février 1918 : Le conseil municipal accepte le don de « monsieur le comte ROGER de VILLERS ». Il s’agit d’un tableau vitré intitulé « Aux héros, la Patrie reconnaissante ». Il comporte dans la colonne de gauche 15 morts et dans la colonne de droite 18 noms de soldats ayant obtenu une citation et/ou une décoration.


Délibération du 9 mai : Afin de pourvoir au logement des réfugiés et des rapatriés, on procède au recensement des logements vacants de la commune.


Délibération du 2 juin : Une somme de 25 francs est accordée à chacune des œuvres qui suivent :


Lors de la même séance, on vote le budget :


Dépenses

Recettes

Impositions

6 401,30

4 685,48

1 715,82 (1)

(1)Notons que les impositions représentent 26,80% du budget.


Délibération du 10 novembre : On attribue lors de cette séance 50 francs à l’œuvre des Mutilés des armées.


C’est le 11 novembre 1918 que l’armistice est signé à Rethondes en forêt de Compiègne dans l’Oise. Le 28 juin 1919, l’Allemagne signe la paix à Versailles. La France reprend l’Alsace et la Lorraine.





L’après-guerre


Délibération du 19 juin 1921 : Le conseil municipal décide la construction d’un monument en l’honneur des soldats morts pour la France.

Lors de cette séance, il accepte la donation de madame veuve BOURIENNE et de madame PUISSANT concernant un terrain destiné à l’érection d’un monument aux morts.

Ce même jour, il est décidé d’attribuer une concession perpétuelle gratuite dans le cimetière à tous ceux qui n’avaient pas de concession familiale. On relève ainsi dans le registre des concessions du cimetière communal les noms qui suivent :


Noms

no du plan

MERRANT Jean

55

PETIT ….

87

DUBOST Alexandre

96

CERCOT Léon et Paul (1)

118

PATROUILLEAU René

127


  1. Paul CERCOT mourra pendant la guerre du Rif au Maroc (1921-1926).


Délibération du 23 octobre : C’est le jour de l’inauguration du monument aux morts. Le procès-verbal de la cérémonie est transcrit sur le registre des délibérations du conseil municipal :

« Le 23 octobre 1921, à 14 heures du soir, monsieur Henri ROGER, sous-préfet de Mantes, assisté de messieurs GUESNIER, sénateur de Seine et Oise, maire de Magny en Vexin, GUY et LAFOSSE, conseillers d’arrondissement, monsieur WALLE, maire de Villers en Arthies, monsieur CAPELLIER, adjoint au maire, messieurs ALEXANDRE, DELAHAYE, LANGLOIS, PATROUILLEAU, TROGNON Louis, ODOUX, PALLUET, MONNIER, conseillers municipaux, messieurs le comte de Villers, président du comité du monument, TILLY,ALEXANRE, LANGLOIS, COURTAULT, membres du comité, messieurs les maires des communes de Vétheuil, Vienne en Arthies, St Cyr en Arthies, Aincourt, Chaussy, Genainville, Maudétour,

A procédé à l’inauguration solennelle du monument élevé à la « glorieuse mémoire » des 15 enfants de Villers morts pour la France au cours de la grande guerre. »

Signé : WALLE


Retour des corps de certains soldats


Le corps de Georges BOUTIGNON, mort pour la France ( Son nom ne paraît ni sur le monument aux morts, ni sur la plaque à l’intérieur de l’église, ni sur le tableau dans la mairie), est ramené dans la tombe familiale le 3 décembre 1922. Son frère Charles est compté parmi les disparus. (D’après le bulletin cantonal du doyenné de Magny en Vexin- no 9 du 1er janvier 1923)

On trouve sa tombe sur le registre des concessions du cimetière sous le no 25 du plan.


Le 6 janvier 1923, une cérémonie est organisée pour le retour du corps du soldat Louis FEY. Voici un extrait du discours du maire : « Je veux, au nom du conseil municipal et de tous les habitants, apporter un suprême adieu à Louis FEY qui est parti le 2 août 1914 pour rejoindre le 5è colonial de Lyon… Il connut les misères physiques et morales imposées par cette terrible guerre. C’est pour notre idéal commun de justice et de liberté que ce brave soldat


est tombé. Il fut blessé dans l’Argonne, fut évacué le 28 janvier 1915 et décéda le 14 février à l’hôpital de Lyon… »

(D’après le bulletin cantonal du doyenné de Magny en Vexin- no 10 du 1er février 1923)


Retour au quotidien.


Lors de la réunion du conseil municipal du 1er novembre 1923, le maire donne lecture d’une lettre du préfet dans laquelle il sollicite une subvention pour les régions dévastées par la guerre. On ne donne pas suite à cette demande.


Délibération du 15 février 1925 : Le conseil attribue une subvention de 30 francs au comité départemental des mutilés et réformés de guerre.


Délibération du 15 novembre : C’est une somme de 35 francs qu’on verse pour les Pupilles de la Nation au comité cantonal.


Délibération du 13 novembre 1927 : On vote un crédit de 35 francs pour les Pupilles de la Nation.


Délibération du 18 novembre 1928 : On prend la même décision.


La guerre est terminée depuis 10 ans, mais les « cicatrices » ne sont pas encore fermées. En 1921, la commune ne compte plus que 280 habitants.

Dans sa délibération du 21 août 1932, le conseil décide d’offrir la « Croix du combattant » à tous les anciens soldats de la commune. Elle leur sera remise lors de la cérémonie du 11 novembre suivant.





Les « témoins » de la guerre de1914-1918


Les témoins oculaires deviennent rares. Il reste la « mémoire collective », sujette à caution, mais bien utile cependant, et les « monuments » commémoratifs.


Le cimetière du village conserve encore les tombes des soldats tués durant la guerre. On peut voir celle de Jean MERRANT (décédé le 4 juillet 1916 dans sa 24 è année) tombe isolée à droite du portail de l’église. On remarque la croix de guerre surmontant la pierre dressée.


Le monument aux morts de 1914-1918 qui s’élève au carrefour de la grande rue (GC 142) et de la route de Vétheuil(GC 147), érigé en 1921, permet aux villageois de se souvenir, lors du rassemblement du 11 novembre de chaque année, du sacrifice de ses aînés (La liste des soldats paraîtra en annexe à la fin de cette monographie).


Sur la façade de la mairie, on pouvait voir jusqu’en mars 1990 la plaque « Aux instituteurs morts pour la Patrie », plaque bien dégradée qui a été déposée lors des travaux de restauration des extérieurs de la mairie école dans le cadre d’un « contrat rural » (restauration des extérieurs, réorganisation de l’intérieur des bâtiments administratifs et création d’un parking). Elle été reconstituée avec les morceaux de mosaïque qui avaient été récupérés lors de leur chute. Cette plaque se trouve maintenant sur le mur de la clôture à gauche.


Bien qu’il soit en mauvais état, le tableau offert en 1918 par le comte de Villers, accroché à l’origine au-dessus de la cheminée dans la salle de réunion de la mairie, contient la liste des soldats morts pour la France et celle des citations et des décorations. Il est suspendu maintenant dans le secrétariat.


Entrons dans l’église St Martin. On trouve sur le mur du bas-côté une plaque commémorative portant les noms des morts de 1914-1918. (Cette plaque sera reproduite en annexe)


Enfin, chaque année, une cérémonie du souvenir, de plus en plus modeste, mais toujours émouvante, a lieu au pied du monument aux morts. Le maire profite de l’occasion pour lire le télégramme officiel ou prononcer un discours.



Conclusion


J’aurais aimé trouver chez les Anciens des décorations, des extraits de livrets militaires (Ceux que j’ai pu consulter ne comportaient pas de renseignements sur « les campagnes »), des lettres, des photos…

Il est aussi dommage de ne pas avoir pu trouver en mairie des archives concernant cette période et la vie quotidienne des villageois. Elles ont du être détruites ou rongées par l’humidité et ont été certainement jetées.







SOURCES :

Registres des délibérations du conseil municipal

Registres de l’Etat civil

Registres des concessions et plan du cimetière

Bulletin cantonal du doyenné de Magny en Vexin (année 1923)

Bulletin paroissial « Les échos de l’Arthies » (année 1928)










Le tableau de la mairie


C’est un cadre vitré d’un mètre de hauteur sur 75 cm de large environ. Une femme, drapée dans un ample vêtement, bras nus, occupant les trois quarts de la hauteur du tableau, tient à la main droite un drapeau tricolore, hampe appuyée au sol. Elle lève le bras gauche au-dessus de sa tête et présente une couronne de laurier identique à celle qu’elle porte sur sa tête. A ses pieds, plusieurs croix et médailles de guerre.

Sur la droite du tableau, en bas, une large palme identique aux deux autres qui se trouvent en haut.

La liste des noms se trouve à la page suivante.





La plaque du mur de la cour de la mairie

« Aux instituteurs morts pour la Patrie »



C’était une mosaïque de 1,20m de large sur 0,74m de hauteur qui était scellée sur le mur de la mairie, en haut et à droite.

Après les travaux de restauration et d’aménagement de l’ensemble de la mairie école en 1990, plusieurs personnes ont conseillé de conserver ce témoignage. Le conseil municipal a accepté de reconstituer cette plaque avec les pièces récupérées lors de la dépose et celles que j’avais conservées quand elles se détachaient du mur. Elle se trouve maintenant sur le mur gauche de la cour.

Au bas de cette mosaïque, on lit « 1914-1918 » séparé par une croix de guerre.

Ce tableau avait été offert par « monsieur le comte de Villers » (cité dans la délibération du conseil municipal du 10 février 1918).





Tableau offert par le comte ROGER de VILLERS (Cité le 10 février 1918)





Au cimetière



Seule, la tombe isolée de Jean MERRANT, à droite par rapport au portail de l’église, est encore en bon état. On peut lire : « décédé le 4 juillet 1916 dans sa 24è année ». On remarque une croix de guerre sculptée dans la pierre.


Sur le plan du cimetière et dans le registre des concessions, j’ai pu retrouver quelques tombes. En entrant, à gauche, dans la 2è allée et la 3è, celles de PATROUILLEAU …, d’un certain PERU …, de CERCOT …et de BLANQUET … (1).


Près de l’église, à gauche, celles de DUBOST … et de PETIT … (2).


En entrant, à droite, dans la 3è allée, à la hauteur de la croix du calvaire, les tombes de BOUTIGNON … (3) et de GILBERT Raoul (4).



Remarques :


  1. Le soldat PERU … ne paraît nulle part ailleurs.

  2. PETIT … n’est signalé que par sa tombe et dans le registre des concessions gratuites accordées aux soldats morts pour la France, à la date du 19 juin1921, sous le no 87 du plan.

  3. Même cas que le soldat PETIT … et, pourtant, le registre des concessions indique une concession familiale (no 25 du plan) à la date du 21 juin 1921. On trouve aussi dans le bulletin cantonal du doyenné de Magny en Vexin (no 8 du 1er janvier 1923 : « le corps de Georges BOUTIGNON, mort pour la France, est ramené le 3 décembre 1922 dans la tombe familiale. Son frère Charles est parmi les disparus. »).

  4. GILBERT Raoul, mort pour la France le 25 juin 1926 au Maroc (guerre du Rif de 1921 à1926), est cité dans le bulletin paroissial « L’écho de l’Arthies (no 52 d’avril 1928). Sa concession porte le no 17 du plan et est datée du 12 février 1928.