VILLERS en ARTHIES

Au XVIIIe siècle

La REVOLUTION de 1789




INTRODUCTION



C’est l’année du bicentenaire de la Révolution de 1789. A nouveau, j’ai consulté les registres de l’Etat civil - je devrais dire les registres paroissiaux ou de catholicité pour les registres d’avant 1789 - ainsi que mes diverses notes prises au cours de la lecture de notices sur l’histoire locale. Monsieur Jean DUBAR que je remercie vivement, m’a communiqué sa documentation concernant le château de Villers en Arthies à cette époque. Je vais donc tenter d’évoquer Villers en 1789 et la vie de ses habitants au XVIII è siècle.


De prime abord, on est tenté d’affirmer : « Il ne s’est rien passé !» C’est vrai ! Tout a commencé à Paris et dans les grandes villes. Durant cette période révolutionnaire, il n’y a pas eu de « bains de sang » comme à Paris, à Nantes, à Lyon… ou dans les régions qui se sont soulevées contre la République.


Pourtant, il y aura des bouleversements : l’administration change, l’église perd ses biens, le prieuré du St Léger disparaîtra… En revanche, la vie quotidienne ne s’améliore pas et les décès sont nombreux (récoltes irrégulières ou insuffisantes, cherté de la vie, conditions climatiques défavorables, manque d’hygiène, épidémies, soulèvements intérieurs, guerres …).


Dans un premier chapitre, je présenterai Villers en Arthies avant 1789. Le second sera réservé à l’année 1789. Le troisième concernera les modifications apportées par les assemblées révolutionnaires qui se succéderont de 1789 à 1799. Le quatrième traitera de la vie quotidienne au XVIII è siècle.


Le 6 juin 1989

Jean Rochefort




VILLERS en ARTHIES avant 1789


L’administration :


Elle est très complexe en cette fin de siècle. Le pays vit sous une double dépendance : le pouvoir civil et le pouvoir religieux. Les limites des intendances administratives, judiciaires ou fiscales ne coïncident pas ou se chevauchent.

Pour le pouvoir civil, Villers en Arthies dépendait :


Pour le pouvoir religieux, Villers en Arthies était rattaché :

Il paraît utile de préciser le rôle des pouvoirs civils.


La paroisse :


Elle était sans doute la plus importante du Pays d’Arthies. L’abbé GUIBOURGE (curé de Villers en Arthies de 1924 à 1928) écrivait, dans son bulletin paroissial « l’Echo de l’Arthies », qu’elle possédait à l’époque un curé et un vicaire « attendu que la paroisse est composée de 8 hameaux contenant ensemble près de 400 communiants et séparés les uns des autres par de très mauvais chemins. »

En 1742, le curé semble être messire J.P. CELLIER. Martin BINAY est marguillier (membre du conseil de Fabrique).

Des dons étaient faits à la paroisse « à charge de dire des messes basses et hautes avec salve au début et libera à la fin.»


Les confréries :


Le bulletin paroissial de l’abbé GUIBOURGE et les registres paroissiaux permettent d’affirmer qu’il y a eu des confréries à Villers. Dans un registre paroissial, j’ai trouvé un acte ainsi rédigé : « Le 21 décembre 1712, en l’absence du curé Claude POITOU, fut inhumé par les confrères de la Charité, un soldat ….… « au service de … », trouvé mort dans la région de Villers.

Cette confrérie sera dissoute en 1789. Plusieurs confréries ont dû se former les unes après les autres sous des vocables différents. En 1654, « une indulgence plénière est accordée par Innocent X en l’église de St Martin de Villers » à la confrérie de St Michel archange. Ces associations remontent au Moyen-âge. Lors des guerres, des épidémies ou des famines, les confrères ou charitons se groupaient pour ensevelir pieusement les nombreux morts. Une confrérie de St Martin reparaîtra en l’an XII (1804). Elle cessera ses activités en 1914.

(D’après le bulletin cantonal du doyenné de Magny en Vexin - no 16 du 1er août 1923)


Le Prieuré


Les cartulaires de l’abbaye de St Germain des Prés (ordre des Bénédictins) et le bulletin paroissial mentionnent l’existence du prieuré de St Léger des Bois à Villers.

Au XVIII è siècle, le prieuré (ferme et chapelle) était dans un état lamentable. Il n’était pas habité en permanence par les religieux. Il était loué à bail à un laboureur à condition qu’il y réside, qu’il paye les dîmes, qu’il fournisse une certaine somme par an (500 livres tournois en 1658 pour le laboureur Jean DOUTÉ de Villers), qu’il fasse dire des messes…

Le 20 mai 1768, un dénombrement permet d’imaginer l’état de l’ensemble :

« Une chapelle négligée depuis longtemps quant à la bâtisse, aux linges et aux ornements quoiqu’on dise une messe par semaine.

Une ferme composée d’un corps de logis, d’une grange, d’un fournil, d’un petit jardin et d’un pâté de 9 arpents planté en bois de mauvaise venue, peu de chênes et d’ormes.

4 arpents de terres labourables.

La moitié des dîmes du territoire qui contient environ 800 arpents avec le village. »

*Notons qu’un arpent valait à peu près un demi hectare.

A la fin de l’acte, on fait remarquer que la contrée est pauvre, le sol est « spongieux et graveleux ».

Une fois ou deux l’an, deux religieux venaient visiter le prieuré pendant une huitaine de jours avec leurs domestiques et leurs chevaux.

(D’après le bulletin paroissial no 32 d’août 1926 et celui du no 34 d’octobre 1926)


Le château et les châtelains


C’est dans une étude A. BENOÎT que j’ai trouvé les propriétaires successifs du château de Villers.

La famille des LE TIRANT posséda le château du XIV è au XVIII è siècle. On trouve très souvent ce nom dans les registres paroissiaux. L’orthographe varie mais c’est la même famille.

Louis LE TIRANT (1691-….) était capitaine au régiment du Roi Infanterie, chevalier de St Louis. Il épousa Marie-Anne DESGRIGNY.

Son seul héritier est Jean Achille René Romain (1721-….). Ce dernier épousa Elisabeth Thérèse d’ALENÇON de BAUFREMONT. Il était chevalier, comte de Villers, chevalier de St Louis, capitaine au régiment du Roi Infanterie.

Le château va alors changer plusieurs fois de propriétaires.

Le 20 septembre 1763, Jean Achille René Romain LE TIRANT vend le château, les terres, les circonstances et les dépendances à Pierre Louis René CAHOUET, écuyer, premier

commis des bureaux de la guerre.


En 1777, la femme CAHOUET, Victoire WALLART, va provoquer un scandale retentissant. Un article signé R.D.V. (ROGER de VILLERS), paru dans le journal « Le Petit Mantais », relate l’affaire.

La femme CAHOUET menait grand train et empruntait de l’argent en « fabriquant » des lettres supposées de la reine Marie-Antoinette. L’ambassadeur d’Autriche, MERCY-ARGEHtEAU, relata l’affaire et conclut ainsi « …la facilité qu’on trouve dans ce pays à faire croire aux apparences les plus absurdes avait si bien servi à ladite de VILLERS que, par ses stratagèmes, elle s’était procuré 100 000 écus du sieur BERANGER, trésorier du duc d’ORLÉANS, et une somme de 100 000 livres d’un banquier nommé LAFOSSE. »

La reine étant mêlée à l’affaire, les ministres du roi répugnèrent à faire un procès. CAHOUET remboursa les dettes de sa femme.

Le 20 février 1778, CAHOUET, devenu trésorier général de la Maison du roi, vendit Villers à Jean Louis LOISEAU de BERANGER, chevalier, conseiller de S.A.R., monseigneur le duc d’ORLÉANS.

Le 12 septembre 1782, c’est Pierre Victor Roger (1735-1806), chevalier, seigneur de Gadancourt, Arquainvilliers et Gouzangrès, Maître ordinaire en la Chambre des comptes, qui acheta Villers et devint comte.



1789 à VILLERS en ARTHIES


Le curé de l’époque n’a inscrit aucune note sur les registres paroissiaux comme l’on fait d’autres prêtres dans d’autres paroisses. Ce sont des articles parus dans des journaux locaux ou dans des études sur le Vexin et le Mantois qui permettront d’évoquer cette année 1789. Je suivrai le cours des événements nationaux en citant quelques dates marquantes et les réformes qui auront des retombées sur la « campagne » à plus ou moins longue échéance comme on le verra au cours de la période 1790-1799.


5 mai 1789 : C’est l’ouverture des Etats généraux à Versailles.

« Pierre Victor Roger de GADANCOURT, seigneur de Gadancourt, ayant acheté le château de Villers le 12 septembre 1782, devenu comte de Villers, fut convoqué aux Etats généraux de Paris au titre de Maître des comptes. Il devait participer aux Etats généraux du baillage de Magny en Vexin au titre de seigneur de Villers et à ceux de Chaumont en Vexin au titre de seigneur de seigneur d’Arquainvilliers et de Gadancourt.

(D’après un article de R.D.V. paru dans le «Petit Mantais »)


14 juillet 1789 : Les Parisiens prennent la Bastille.

« …Le comte de Villers eut, à cette date ( ?), des difficultés avec les habitants de Villers où il s’était retiré. Ses gens de Villers exigèrent, à force ouverte et contre toutes les lois, le remboursement des droits et déclarations par eux payés lors du renouvellement du terrier et les frais faits contre quelques-uns pour les contraindre à passer déclaration. Ils demandèrent également le remboursement de la valeur des fusils qui leur avaient été enlevés 10 ans auparavant par le Gouvernement et, enfin, le remboursement des frais énoncés même par ceux qui étaient hors d’état de représenter leur quittance. »

Roger de GADANCOURT « désintéressa » les plaignants pour avoir la paix.

(D’après R.D.V.)


4 août 1789 : C’est l’abolition des privilèges.


26 août 1789 : On acclame la déclaration des droits de l’homme et du citoyen.

5 octobre 1789 : Les Parisiens marchent sur Versailles et ramènent la famille royale à Paris.

2 novembre 1789 : Les biens du Clergé sont confisqués et deviennent des biens nationaux.

D’après un inventaire dressé en 1742 par ROHARD, étudiant en droit, la paroisse de Villers possédait « 120 livres de rentes et 250 perches de terres, prés et vignes, à charge de célébrer 107 messes basses et 50 messes hautes par an ».

(D’après le bulletin paroissial no 36 de décembre 1926)

**La perche de Paris valait 34 m2. Elle variait selon les provinces et pouvait valoir jusqu’à 50 m2.

La paroisse devient indépendante. Un conseil de fabrique assiste le curé. Il est composé de marguilliers. Le premier marguillier fait fonction de trésorier. Il est élu par le curé, les anciens marguilliers et les notables.

Les registres du conseil de fabrique permettent de reconstituer la vie des paroissiens et des prêtres et renseignent sur les usages locaux. Malheureusement, ceux que j’ai consultés ne remontent que jusqu’à 1800.


21 décembre 1789 : C’est l’émission des assignats, papier-monnaie gagé sur les biens nationaux. 400 millions d’assignats sont émis en contrepartie de la vente des biens des émigrés devenus des biens nationaux.

**Le 29 septembre 1790, on en émettra 800 millions. Ce n’est que plus tard, à cause de l’inflation « galopante » et de l’émission de faux assignats par les ennemis de la Révolution, qu’ils se dévalueront très vite.


L’année 1789 s’achève. A part l’incident avec le comte de Villers, tout semble calme. Il y a eu 15 naissances, 5 mariages et 20 décès dont 11 de moins de 3 ans et 3 de plus de 80 ans. Les naissances sont nombreuses, mais on meurt plus et, souvent, en bas âge.



VILLERS en ARTHIES après 1789


La Révolution est en route. L’administration change, mais on ne transforme pas, d’un coup de baguette magique, des siècles d’une pesante, complexe et injuste administration monarchique. On ne trouve pas du jour au lendemain des hommes capables d’assurer des fonctions auxquelles ils n’ont pas été préparés. L’évolution sera progressive, surtout en milieu rural. La lecture des registres de l’Etat civil permet de constater cette lente mise en place du nouveau pouvoir civil.


L’administration

Villers en Arthies dépend maintenant du district de Mantes et du département de Seine et Oise. En effet, le 15 février 1790, la France a été découpée en 83 départements qui remplacent les provinces.

Quant à la dépendance religieuse, la paroisse de Villers est rattachée au diocèse de Versailles en 1790.

Des officiers publics ou municipaux administrent les communes. De 1792 à 1798, on trouve dans les registres les signatures des officiers municipaux suivants :

-Claude SEHEUT

-Jean BERTHEAUME

-Martin TROGNON

-Simon THOMAS

-Pierre FOURNIER

A partir de 1798, on note l’apparition du mot « maire » lorsque Martin TROGNON signe. Il le sera de 1798 à 1806.


L’Etat civil


La lecture des registres de l’Etat civil va permettre de suivre la mise en place des décisions des législateurs révolutionnaires.

En 1791, le registre est paraphé par Charles CHEDDE, Président du district de Mantes.


Jusqu’au 13 janvier 1793 (An I de la République), les registres sont toujours tenus par le curé de Villers, Guillaume GALLAHER. Ils passent aux mains de l’officier public qui n’enregistrera plus les baptêmes, mais les naissances. On trouve les signatures de Jean BERTHEAUME et de Claude SEHEUT.

En 1793, on note la mention « An II de la République, une et indivisible ». Le cachet officiel indique «  La Loi - Le Roy », mais on a barré « le Roy ». En effet, Louis XVI a été guillotiné le 21 janvier 1793.

La même année, un acte débute ainsi «…Le 27è jour de Brumaire, An II de la République… ». C’est la première mention du calendrier républicain qui avait été adopté le 2 septembre 1792. Ce 27 Brumaire, An II, naissait Geneviève Marguerite DUBOST. L’officier public était Claude SEHEUT. 


9 Fructidor, An III (1794) : L’en-tête du registre est maintenant imprimé.

Le 1er Frimaire, An V (1796), on lit « Actes de mariages et de divorces ». C’est la première apparition du mot divorce.

19 Germinal, An VIII (1800), Le registre est paraphé par le sous-préfet de l’arrondissement de Mantes


La paroisse


Elle n’a plus de biens propres depuis novembre 1789. Elle est gérée par un conseil de Fabrique et un conseil paroissial. Le premier marguillier, élu chaque année, assume les fonctions de trésorier.

Le curé de l’époque, Guillaume GALLAHER, d’origine irlandaise, a prêté serment le 16 janvier 1791. C’était donc un prêtre constitutionnel ou assermenté, opposé aux prêtres dits réfractaires. En effet, l’Assemblée constituante avait voté la constitution civile du Clergé en juillet 1790 et l’obligation du serment le 27 novembre de la même année.

Chaque année, il est procédé à la vente, au plus offrant, de l’herbe et des fruits poussant dans le cimetière, après trois annonces, à la criée, faites les dimanches précédents.

Dans une revue sur la Révolution française en Seine et Oise (E.GRAVE), j’ai relevé une déclaration en date du 3 novembre 1790, adressée par le curé de Villers aux services de impôts. Il déclarait un revenu annuel de dix huit cents livres déduction faite de toutes ses charges (impositions et réparations ordinaires). Il signalait « cinq quartiers de terre, tant en cour, jardin, bâtiments et clos attenant et le bénéfice simple de Jean-Baptiste de Chaudry (une chapelle), commune de Vétheuil », soit 84 livres. La déclaration est confirmée, par la municipalité de Villers le 2 mars 1791. Ce curé mourra à Villers en l’An X, le 13 Frimaire (décembre 1801).



Le prieuré


Après la confiscation des biens du Clergé, le prieuré de St Léger des Bois n’est plus habité et se trouve dans un état de délabrement avancé. Il est vendu en 2 lots :

Le 1er lot : le 8 février 1791 - 4 arpents au lieudit « Les Hautes Comtées » à LE ROY René, greffier à Mantes, pour le compte d’Etienne PINEL de Vétheuil, moyennant la somme de 4 525 livres.

Le 2è lot : le 8 septembre 1791 – Un corps de ferme, circonstances et dépendances, avec une chapelle, enclavés dans 11 arpents de « petites bruyères et de méchants bois » et 75 perches de jardin, à Jacques BAILLY, marchand de chevaux à Vétheuil.

(D’après le bulletin paroissial no 34 d’octobre 1926)


Pour conclure


On ne trouve pas d’échos sur les répercussions de l’exécution de Louis XVI (21janvier 1793). Aucune mention n’indique les changements d’assemblées de 1789 à 1799. A-t-on planté un arbre de la Liberté ? Y a-t-il eu une célébration de la fête de la Fédération le 14 juillet 1790 ?



A Propos du Calendrier républicain


(Calendrier simplifié)



Jours

Mois républicains

Mois grégoriens

30

Vendémiaire

octobre

30

Brumaire

novembre

30

Frimaire

décembre

30

Nivose

janvier

30

Pluviose

février

30

Ventose

mars

30

Germinal

avril

30

Floréal

mai

30

Prairial

juin

30

Messidor

juillet

30

Thermidor

août

30

Fructidor

septembre


Il faut ajouter 5 jours complémentaires en fin d’année pour obtenir les 365 jours.


****************


L’An I de la République a commencé le 22 septembre 1792 et a fini le 21 septembre1793.

Chaque année débute ainsi un 22 septembre.

An I

1792-1793

An II

1793-1794

An III

1794-1795

An IV

1795-1796

AN V

1796-1797

AN VI

1797-1798

An VII

1790-1799

An VIII

1799-1800

An IX

1800-1801

An X

1801-1802

An XI

1802-1803

An XII

1803-1804

An XIII

1804-1805

An XIV

1805-1806



Le mois républicain était divisé en 3 décades de 10 jours.


Vivre à Villers en Arthies au XVIII è siècle



Avant de tenter de faire revivre ou de présenter les difficultés du peuple, je veux encore relater une affaire concernant le châtelain. Réfugié à Villers, ROGER de GADANCOURT est dénoncé par une lettre anonyme le 1er Thermidor, An II (1794). On l’accusait de « conspiration avec HUE de MIROMESNIL et aussi d’être parent d’émigrés ». Il partit se réfugier à St Germain. Il y fut arrêté, mais le jugement le condamnant à mort ne fut pas exécuté grâce à la « chute de ROBESPIERRE ». C’était le 9 Thermidor. (D’après l’article signé R.D.V. dans le journal « Le Petit Mantais »)


Il ne sera plus question de la paroisse ni du prieuré.


La population


Il n’existait pas de recensements méthodiques. On comptait les feux (les foyers) ou d’après la liste de la taille (impôt par tête) ; On se référait aussi à l’impôt de la gabelle (impôt sur le sel).

On relève ainsi les chiffres qui suivent :


En


1725

343 gabelans

1726

367 gabelans

1790

480 habitants

AN IV

496 habitants

1801

498 habitants

Il naît beaucoup d’enfants qui meurent souvent en bas âge.


Epidémies - Hygiène – Accidents

C’est dans l’étude démographique du Pays d’Arthies de Françoise WARO que j’ai puisé mes renseignements concernant les épidémies au XVIII è siècle.

A Villers, les décès supérieurs aux naissances sont souvent dus au manque d’hygiène, aux maladies et aux accidents du travail. Pourtant, il des années de forte mortalité.

En septembre 1712, on dénombre 26 morts, soit 8% de la population.

En 1737, on note une recrudescence des décès.

En 1738, 14 enfants meurent entre le 10 janvier et le 23 mars, soit 1 enfant tous les 5 jours. Il s’agit là d’une épidémie.

1744 est l’année de la plus forte mortalité. Une épidémie a sévi au début de l’année.

Le 7 Ventose, An V (1797), un acte de l’Etat civil indique : « …est mort à l’hôpital de Quimper, de fièvre, J.B. PETIT de la 81è demi-brigade… ». Il s’agissait sûrement d’un soldat engagé dans la guerre de Vendée.

Madame WARO a étudié les causes de ces décès en exceptant les guerres et les insurrections. Elle a retenu 3 facteurs essentiels :

Il est évident que ces facteurs pouvaient se combiner.

Le peuple travaillait, payait les impôts, mais il mourait de faim, de froid, de maladie. L’hygiène était très rudimentaire ou inexistante.


Les cultures


La culture a été et est toujours tributaire des conditions météorologiques. Bien sûr, il y a bien d’autres paramètres, mais, au XVIII è siècle, le temps est une condition essentielle.


Une des rares notes trouvée dans les registres paroissiaux, datée du 4 juin 1710, se trouve à la fin du registre de 1709. Le curé de l’époque écrit : « L’hiver a commencé le 6 janvier et a duré 3 mois. Le froid a été si grand que tous les blés ont été gelés, qu’il a fallu semer de l’orge, qu’elle a valu jusqu’à 72 livres le setier…Toutes les vignes et les arbres ont été gelés… ».

Il s’agit du terrible hiver de 1709-1710 mentionné dans les livres d’histoire. En 1710, la conséquence immédiate est la montée des prix :


Note : Le setier de Paris valait 156 litres

Le muid de Paris valait 18 hl

L’écu valait 3 à 6 livres

La France est en pleine guerre d’Espagne (1701-1714). C’est aussi la fin du règne de Louis XIV. La misère est générale dans tout le royaume.

Que cultivait-on à Villers? Il est certain qu’on cultivait des céréales (blé, orge…), la vigne et les arbres fruitiers, sans compter les cultures potagères. La vigne croissait sur les coteaux bien exposés. Les arbres fruitiers occupaient un espace important, surtout les cerisiers qui fournissaient une espèce de cerise que madame WARO qualifie « d’aigrelette fort prisées en pâtisserie »

Les métiers

Les registres paroissiaux et ceux de l’Etat civil vont être de précieux auxiliaires.

Les noms des femmes sont rarement suivis de la profession, ce qui n’implique pas qu’elles étaient inactives. Il semble qu’elles exerçaient, en dehors de leurs très nombreuses occupations familiales, la profession de blanchisseuse, de domestique ou de nourrice…

Les professions des hommes étaient variées :

On trouve 1 garde - moulin, 1 domestique qui travaillait à Magny en Vexin.

En 1794, Jean-Pierre OZANNE, âgé de 34 ans, exerçait la profession de chirurgien.


Il faut revenir sur la profession de nourrice, très commune dans les campagnes. Entre 1668 et 1789, on note la présence de nombreux nourrissons, en bas âge, dans les familles de laboureurs et de journaliers. 82 % d’entre eux venaient de Paris ou de la banlieue ouest (St Germain, Meulan). Les autres venaient de Vienne en Arthies, de St Martin la Garenne ou de La Roche-Guyon. Les familles de ces enfants appartenaient à toutes les classes de la société. Pourtant, maîtres et marchands, surtout les marchands de vin, venaient en tête. Mais l’hygiène et la sécurité « laissaient à désirer ». La mortalité était grande chez ces enfants. Madame WARO note 778 nourrissons morts entre 1668 et 1819, rien qu’à Villers, soit une moyenne de 5 par an.


L’instruction


Un acte de l’Etat civil du 5 octobre 1792 mentionne : « …Mariage de François Gabriel ABRAHAM, maître d’école à Villers, avec Marie Anne PETIT… ». Son père, Gabriel Romain ABRAHAM, était vigneron.

On peut écrire maître d’école car CONDORCET a présenté en 1792 un projet de réforme de « l’instruction publique ».

Le maître d’école était aussi clerc laïc. Il existait des clercs laïcs à Villers dès 1675 selon madame WARO. Ils étaient peu payés et exerçaient souvent un ou plusieurs autres métiers souvent au détriment du premier.

Entre 1768 et 1789, le nombre des conjoints signant leur acte de mariage passe :

N’y avait-il pas eu déjà un effort au niveau de l’instruction avant 1789 ?


*****************


CONCLUSION


La devise de la République française « Liberté Egalité Fraternité » était le « credo » de la Révolution de 1789. Les philosophes avaient répandu ces idées par leurs écrits. On ne peut pas affirmer que les assemblées révolutionnaires aient toujours respecté ces droits. Ils ont été souvent réduits, ignorés, bafoués, voire supprimés. Mais les principes étaient semés et ils germeront en France, puis en Europe, quand les circonstances, le terrain et les esprits deviendront favorables.

Les assemblées ont tenté la mise en place des principes de l’égalité sociale, civile et pénale :

Et l’égalité politique ? Seule la constitution du 24 juin 1793, organisant la Convention, s’appuya sur, le suffrage universel. Les autres assemblées lui préférèrent un suffrage censitaire et restreint. En fait, c’est la Bourgeoisie qui récoltera les fruits de la Révolution de 1789.

Quant à la liberté, la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen la définissait ainsi : « Un droit limité à ce qui ne nuit pas à autrui ». Ce droit concernait la liberté de penser, d’écrire (la presse, la littérature), de parler, de circuler. La liberté religieuse, elle, laissa beaucoup à redire et on ne peut oublier les excès de certaines périodes : la Terreur avec le Tribunal révolutionnaire, les atrocités commises par certains commissaires de la République, la Terreur blanche ou contre - Terreur, les cruautés commises dans les deux camps lors des « guerres de Vendée ».

Je tiens à terminer sur une note patriotique, non point chauvine, mais proclamant ma fierté d’être français et de vivre dans un pays que beaucoup d’étrangers, moins favorisés, souhaiteraient être le leur.

Un professeur d’histoire, E.GUILLON, dans un livre de prix offert à la sœur de ma grand-mère en 1898, déclarait « Le jour où les cœurs cesseront d’être ravis aux strophes ailées de la Marseillaise, où les Français ne se sentiront plus soulevés au-dessus du sol et agrandis par ce sublime mouvement de patriotisme et de liberté, ce jour-là, la France sera morte ».

SOURCES   Registres paroissiaux et ceux de l’Etat civil

Cartulaires de l’abbaye de St Germain des Prés (Archives de la France monastique. 1907. D. Anger)

Article paru dans le journal « Le Petit Mantais » le 27.12.1933, signé R.D.V.

Notice sur Christophe Ozanne de A. Benoît - Chartres - 1874 - La Révolution en Seine et Oise – Déclaration du Clergé – 1790 – E. Grave - Etude démographique du Pays d’Arthies – Françoise Waro –S.H.P.V.

Bulletin cantonal du doyenné de Magny en Vexin (1922-1923) - Bulletin paroissial « Les échos de l’Arthies (1924-1928 ?)

Carte p.13 – Dite de CASSINI – dressée par Jacques, dit CASSINI de THURY (1677-1756), terminée par son fils, Jacques Dominique, comte de CASSINI (1748-1845) – Carte de France en 180 feuilles.

Complément à cette étude

D’après « Ainsi commença la Révolution »

Baillages de Chaumont en Vexin et de Magny en Vexin

M.S.H.A.P.V. tome LXXV – 1988 - 1989

de Jacques DUPAQUIER


Il s’agit de la préparation des Etats généraux du 5 mai 1789. L’auteur a rassemblé des documents sur les assemblées de chaque Ordre et donne des renseignements sur chaque paroisse. Voici ce que j’ai relevé pour Villers en Arthies.

D’abord quelques données administratives :

- nombre de feux en 1712 138

- nombre de feux en 1789 134

A partir de 1790, on recense par habitant. On en compte 480.


La paroisse de Villers dépend du doyenné de Magny en Vexin. En 1789, le curé est Guillaume GALLAHER. Il deviendra prêtre jureur car il prêtera serment de fidélité à la constitution du royaume. Ce serment a été imposé en novembre 1790. Il provoquera la « crise religieuse » dès 1791.

En 1789, le seigneur de Villers est ROGER de GADANCOURT.


Le Clergé :

On apprend que Guillaume GALLAHER, curé de Villers, s’est fait représenter par Jacques François Gilles FAUTELIN, curé de Genainville. Ce FAUTELIN sera prêtre réfractaire. Il refusera de prêter serment sur la constitution.

De leur cahier de doléances, aucun programme cohérent ne ressort.

L’assemblée de Chaumont en Vexin se tiendra le 16 mars 1789.


La Noblesse :

Eudes Eustache Pierre de CARCILLIER, correcteur de la Chambre des Comptes de Paris, seigneur de Chaudry, est représenté par Philippe de CACQUERAY.

ROGER de GADANCOURT, seigneur de Villers, ne comparaît pas. « On donne défaut ».

Leur cahier de doléances n’est qu’un « compromis boiteux » entre les partisans de la « résistance » et ceux du « mouvement ».


Le Tiers-Etat :

Malgré l’absence de procès-verbal des élections, l’auteur a pu fournir des renseignements sur les députés, les électeurs et leur profession. Les députés sont :

- Jean DUPRE (48 è) menuisier

- Antoine Martin DELAMOTTE (6 è) petit laboureur

De la liste des chefs de famille, je n’ai relevé que quelques noms très courants :

11 DELAMOTTE

11 TROGNON (5 échalasseurs, 1 tailleur d’habits, 1 journalier, 1 casseur de pavés…)

7 RICHOMME

6 BINET

5 MONNIER

4 OZANNE (1 garde-chasse, 1 journalier, 1 batteur, 1 chirurgien)

3 TRUFFAUT

3 HARANGER (2 tisserands, 1 charretier)

D’autres professions sont citées :

2 tonneliers,

3 scieurs de long

1 garde moulin : Louis DARAGON (Il y avait des moulin à Vienne en Arthies)

1 tuilier : Nicolas DAILLY (Il y avait une tuilerie aux Mares)

1 grainetier

1 cercellier

2 cordonniers

1 paveur

1 blastier ( ?)

17 casseurs de pavés

Et des charrons, un maréchal, des laboureurs, des charretiers, des vignerons, des journaliers, des maçons, des menuisiers, des manouvriers…


Assemblée préliminaire du Tiers - Etat à Magny en Vexin :


La séance du 12 mars 1789 a eu lieu sous la présidence d’Hector LEMARIÉ, lieutenant général du baillage.

91 membres désignèrent 24 représentants pour l’assemblée générale du Tiers - Etat prévue le 16 mars 1789 à Chaumont en Vexin.



Des registres paroissiaux

Aux registres de l’Etat civil



L’édit de Villers - Cotterets d’août 1539 concerna la mise en place de registres paroissiaux. Ce premier édit de François 1er imposait la tenue de ces registres pour les baptêmes. L’ordonnance de Blois de mai 1579 étendit cette obligation à tous les actes religieux : mariages et sépultures.

Ces registres passeront aux mains du pouvoir civil, aux officiers municipaux, en 1792 bien que l’état civil ait été créé en 1789.


A Villers en Arthies, le curé conservera la responsabilité de l’état civil jusqu’en 1793.


J’ai été tenté de chercher le 1er acte de naissance, le 1er acte de décès et le 1er acte de divorce.

1er acte de naissance : Marie Brigitte HERMIER

13 janvier 1793

1er acte de décès : Christine DELAHAYE

6 mars 1793

1er acte de divorce : Marie Reine BERTHEAUME

29 Pluviose An IX (1800)


C’est le premier acte de divorce. Le texte est long : 2 pages et demie. Le motif est moderne : « Pour incompatibilité d’humeur et de caractère». L’époux était cultivateur et se nommait Martin TROGNON.


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